Invasion Los Angeles, le film de 1988Feu vert cinéma

They Live (1988)
Traduction du titre original : ils vivent ! (= ils existent!)

Sorti aux USA le 4 novembre 1988.
Sorti en France le 19 avril 1989.
Sorti en Angleterre le 23 juin 1989.

Sorti en blu-ray collector américain le 6 novembre 2012.
Sorti en blu-ray collector américain limité le 1er août 2017.
Sorti en coffret 2 blu-rays allemand le 25 octobre 2018.
Sorti en coffret 2 blu-rays français le 7 novembre 2018 (br film et br suppléments)
Sorti en blu-ray+4K collector américain le 19 janvier 2021.
Annoncé en blu-ray+4K américain le 23 janvier 2023.

De John Carpenter (également scénariste), d'après la nouvelle Eight O'Clock in the Morningde de 1963 de Ray Nelson, avec Roddy Piper, Keith David, Meg Foster.

Pour adultes et adolescents.

(fable, prospective, invasion) Un mur recouvert de graffiti porteur d’un pont enjambant des voies ferrées sur laquelle passe lentement un train de marchandise. Un homme en jeans, veste de cuir et sac-à-dos traverse les voies ferrées. Il gagne les rues de la ville, avec partout des sans-abris et des queues pour la soupe populaire.

Comme il arrive à une agence pour l’emploi avec un mur couvert de petites annonces, une femme annonce dans les haut-parleurs que le programme pour les timbres d’alimentation a été suspendu, et tous les demandeurs d’emploi doivent désormais se présenter au guichet D. Voyant l’étendue des files d’attente, l’homme au sac-à-dos pousse un gros soupir.

Il arrive à son tour à un bureau où il est interrogé sèchement par une vieille peau : lieu du dernier emploi ? Il répond aimablement Denver dans le Colorado, précisant qu’il aura travaillé là-bas dix ans durant puis les choses ont semblées soudain partir en fumée. Et comme il continue son histoire, la vieille peau soupire ostensiblement : ils ont perdu 14 banques en une seule semaine. La vieille peau fait à nouveau une grimace en regardant ailleurs. Il finit par demander : alors, est-ce qu’il peut… ? La vieille peau répond blasée : il n’y a rien de disponible pour lui maintenant.

L’homme ne perd pas son doux sourire et nous le retrouvons à marcher dans l’allée d’un parc où il entend un prêtre en colère prêcher : ils utilisent leur langue pour tromper, le venin des serpents sous leurs lèvres, leurs bouches pleines d’amertumes et de malédictions, et derrière eux ils ne laissent rien que de la ruine et de la misère, et la peur de Dieu ne les hante jamais ! Ils se sont emparés du cœur et de l’esprit de nos chefs, ils ont recrité les riches et les puissants, et ils nous ont rendu aveugles à la Vérité ! Notre âme humaine est corrompue : pourquoi vénérons-nous l’avidité ? Parce que, en dehors des limites de notre vision, se nourrissant de nous, perchés sur nous depuis la naissance jusqu’à la mort, ils sont nos esclavagistes : ils nous possèdent, ils nous contrôlent…

Dubitatif, l’homme au sac a dos remarque une voiture de police qui vient de s’arrêter à deux pas, de l’autre côté de la pelouse, et deux officiers qui en descendent. « Ils sont nos maîtres ! » Prudemment, l’homme au sac-à-dos se détourne et prend le large. « Réveillez-vous ! Ils sont partout autour de vous, tout autour de vous ! »

La nuit est tombée. Dans une vitrine, des rangées d’écran de télévision couleur à tubes cathodiques brillent et diffusent des images de nature, de fête, de sport, de cow-boys. Un jeune homme est resté planté là comme hypnotisé. L’homme au sac-à-dos marche, indifférent aux écrans.

Nous le retrouvons à camper avec d’autres sans abri sans emploi autour de poêle de fortune pour se réchauffer, et cette fois c’est lui qui semble hypnotisé par un discours diffusé par une autre télévision par la fenêtre du salon d’une personne âgée de la maison voisine : une jeune femme déclare, remplie d’extase, que lorsqu’elle regarde la télévision, elle arrête d’être elle-même, elle devient la vedette d’une série télévisée ou bien elle a sa propre émission-débat, ou bien elle passe au journal télévisée alors qu’elle descend d’une limousine pour se rendre à un endroit important, et tout ce qu’elle a seulement à faire de sa vie, c’est de devenir célèbre : les gens la regarde, et ils l’aiment, elle ! Et jamais, jamais elle deviendra vieille, et jamais elle ne mourra. »

L’homme au sac-à-dos se détourne enfin, soupire et lève les yeux au ciel étoilé. En fait seulement un hélicoptère qui plane pour surveiller le quartier. Il baisse les yeux.

Le lendemain, l’homme au sac-à-dos aborde un superviseur sur un chantier pour lui demander s’il a besoin d’ouvrier, il a ses propres outils. Le maître d’œuvre semble inquiet : en fait, il n’emploie que des gens syndiqués. L’homme au sac-à-dos soupire, voit un groupe d’ouvriers qui ne fait rien d’autre que rigoler et se taper dans la main. Il demande alors calmement s’il pourrait parler alors au délégué syndical. Et après un temps d’hésitation, apparemment oui, et l’homme au sac-à-dos se retrouve à creuser à la pelle, parce qu’il faut bien que quelqu’un fasse le vrai boulot à un moment. Un autre ouvrier, qui lui pioche, le remarque.

A la fin de la journée, le superviseur rappelle sévèrement à l’ordre l’homme au sac à dos qui rangeait ses outils : on ne dort pas sur le site construction alors qu’il aille garer son cul ailleurs cette nuit. L’homme au sac à dos demande alors quand il sera payé. Le superviseur répond, jeudi. Celui-ci parti, l’ouvrier à la pioche demande à l’homme au sac à dos s’il a besoin d’un endroit pour dormir : il lui conseille Chesterfield pas loin sur la 4ème rue, ils ont des plats chauds et des douches. Il y va, si l’autre veut qu’il lui montre le chemin.

Comme l’homme au sac à dos n’a rien répondu, l’ouvrier à la pioche soupire et s’en va, mais l’autre est bien en train de le suivre, et comme ils se retrouvent à marcher dans la rue, l’ouvrier à la pioche finit par s’arrêter. L’autre s’arrête aussi, l’ouvrier à la pioche se tourne vers lui et de l’index souligne qu’il n’aime pas que quelqu’un le suive sans qu’il sache pourquoi. L’autre lui répond qu’eh bien lui ne se rend nulle part avec personne tant qu’il ne sait pas où cette personne va. L’homme à la pioche sourit, et ils se remettent tous les deux à marcher.

Un bidonville où jouent des enfants, une grand-mère apprend à son petit-fils à lire, une soupe populaire où effectivement on sert des plats chauds, une vieille dame reprise les habits déchirés. Les deux hommes entrent dans le bidonville tandis que l’homme à la pioche déclare qu’ils ne devraient pas tarder à servir les plats, et l’autre de répondre que c’est une bonne chose car il meurt de failm. Et comme ils avancent dans le bidonville, l’homme à la pioche présente à l’autre ses amis : Gilbert qui peut trouver tout ce dont il pourrait avoir besoin. Gilbert remarque que si l’homme au sac à dos a des outils, celui-ci pourra leur être utile, et de lui indiquer le chemin des douches. Ils vont d’abord faire la queue pour manger chaud.

Comme ils sont allés manger à l’écart, l’homme à la pioche avoue qu’il a une épouse et deux enfants à Détroit et ne les a plus revus depuis six mois. Les aciéries n’arrêtaient plus de licencier à tour de bras, et elles ont finalement fait faillite. Les ouvriers ont tout concédé aux compagnies quand elles en avaient besoin, et elles se sont distribuées les augmentations. La règle d’or : celui qui tient l’or décide des règles. Et si encore une usine doit fermer, les ouvriers devraient se faire une luge avec l’une de leur putain de voitures étrangères à la mode.

L’homme au sac à dos finit par répondre qu’il faut avoir un peu plus de patience. Son camarade lui répond du tac au tac : eh bien il n’en a plus. Toute l’affaire ressemble à un jeu de dingue : ils te mettent sur la ligne de départ, et le nom du jeu c’est « essaie de survivre ! » où c’est tout le monde ne pense qu’à lui et à entuber les autres en même temps, voilà où ils en sont : « toi tu fais ce que tu peux mais moi je vais faire tout mon possible pour te casser le dos ! »

La nuit tombe, ils contemplent les grattes-ciels de verre et de métal illuminés par le couchant, et l’homme à la pioche demande à son camarade comment lui il compte s’en sortir à ce jeu. L’homme au sac à dos répond tranquillement qu’il fera de son mieux en gagnant son argent avec une dure journée de travail. Il veut juste sa chance, et elle viendra : il croit en l’Amérique, il suit les règles. Tout le monde a la vie dure en ce moment.

Et la nuit est tombée, et à la télévision une femme explique que tout le monde croyait que l’on ne pouvait pas porter des faux-ongles à cause de toutes ces activités que les femmes pratiquent ? « Eh bien si vous êtes prêtes à de merveilleux ongles faciles à coller d’aspect naturel recolorés en sept teintes succulantes, juste… »

La publicité où une secrètaire avec de très longs ongles tapait à la machine et piquait du bout de l’ongle un apéricube de fromage… soudain est remplacé par un écran bruité, sur lequel apparait un homme barbu à lunettes et chandail, qui explique : « nos désirs sont détournés, nous vivons dans un état de conscience induit artificiellement, qui ressemble au sommeil. »

Comme l’image du barbu s’efface, l’un des deux spectateurs devant la télévision se plaint : « Ce maudit pirate, c’est la seconde fois que ce trouduc coupe l’émission. »

Invasion Los Angeles, le film de 1988

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