Dans le torrent des siècles, le roman de 1950

Time & Again (1950)

Sorti sous au moins trois titres différents anglais et deux titres français.

Ne pas confondre avec le roman de 1970 de Jack Finney, la nouvelle de 1977 de Breece D'J Pancake, l’épisode Star Trek Voyager S01E04 de 1995, le film américain de 2007, le film de 2019.

Sorti sous le titre Time Quarry, (la carrière du Temps) de octobre à décembre 1950 dans le magazine Galaxy Science-fiction US.
Traduit anonymement en français en novembre 1953 à mars 1954 sous le titre Dans le torrent des siècles dans le magazine français Galaxie.
Réédité en 1962 sous le titre De temps à autres par A. Yeurre (je suppose un pseudonyme pour éviter de mentionner que la traduction est anonyme) pour Hachette / Le Rayon Fantastique.
Retraduit en français par Georges H. Gallet en 1973 pour J’ai Lu (poche), réédité en 1975 et 1984 ; réédité en août 1990 et mars 1993 chez J’ai Lu ; réédité en novembre 2000 chez J’ai Lu.
Compilé dans Les Mines du Temps (en anglais The Time Quarries) en février 2004 chez Omnibus.

De Clifford Simak.

Pour adultes et adolescents.

(Space Opera, voyage dans le temps, presse) Alors que les humains contrôlent la galaxie grâce aux androïdes, Asher Sutton, un explorateur de l'espace, est parti en mission de reconnaissance sur un monde extraterrestre que personne n'a pu jusqu'alors approcher. Vingt années ont passé, plus personne sur Terre n'attend son retour. Un inconnu, prétendant venir du futur, informe le chef de la sûreté qu'un certain Asher Sutton sera de retour sur Terre tel jour et qu'il faudra absolument le tuer.

*

Dans le torrent des siècles, le roman de 1950

Le texte original de Clifford Simak pour le magazine Galaxy Science-fiction d’octobre 1950.

One life should be enough to give for humanity… but humanity wanted Asher Sutton to keep making the sacrifice indefinitely!

THE man came out of the twilight when the greenish-yellow of the sun’s last glow still lingered in the west. He paused at the edge of the patio and called.

« Mr. Adams, is that you? »

The chair creaked as Christopher adams shifted his weight, startled by the voice. Then he remembered. A new neighbor had moved in across the meadow a day or two ago. Jonathon had told him . . . and Jonathon knew all the gossip within a hundred miles. Human gossip as well as android and robot gossip.

“Come on in,” said Adams. “Glad you dropped around.”

He hoped his voice sounded as hearty and neighborly as he had try to make it. For he wasn’t glad. He was a little nettled, upset by this sudden shadow that came out of the twilight and walked across the patio.

This is my hour, he thought angrily. The one hour I give myself. The hour that I forget . . . forget the thousand problems that have to do with other star systems. Forget them and turn back to the green-blackness and the hush and the subtle sunset shadow-show that belong to my own-planet. For here on this patio, there are no mentophone reports, no robot files, no galactic co-ordination conferences . . . no psychological intrigue, no alien reaction charts. Nothing complicated or mysterious.

With half his mind, he knew the stranger had come across the patio and was reaching out a hand for a chair to sit in; and with the other half, once again, he wondered about the blackened bodies lying on the river bank on far-off Aldebaran XII and the twisted machine that was wrapped around the tree.

Three humans had died here . . . three humans and two androids, and androids were almost human, different only in that they were manufactured instead of born. And humans must not die by violence unless it be by the violence of another human. Even then it must be on the field of honor, with all the formality and technicality of the code duello, or in the less polished affairs of revenge or execution.

*

La traduction au plus proche.

Une seule vie devrait suffire pour l'humanité... mais l'humanité voulait qu'Asher Sutton continue à se sacrifier indéfiniment !

L'homme sortit du crépuscule alors que le jaune verdâtre de la dernière lueur du soleil s'attardait encore à l'ouest. Il s'arrêta au bord du patio et appela.

« M. Adams, c'est vous ? »

La chaise grince tandis que Christopher Adams se déplace, surpris par la voix. Puis il se souvint. Un nouveau voisin avait emménagé de l'autre côté de la prairie il y a un jour ou deux. Jonathon le lui avait dit... et Jonathon connaissait tous les potins dans un rayon de cent miles. Les ragots humains, mais aussi ceux des androïdes et des robots.

"Entrez", dit Adams. "Content que vous soyez passé dans le coin".

Il espérait que sa voix était aussi chaleureuse et voisine qu'il avait essayé de le faire. Car il n'était pas content. Il était un peu déconcerté, dérangé par cette ombre soudaine qui sortait du crépuscule et traversait son patio.

C'est mon heure, il pensa avec colère. L'heure que je m'accorde. L'heure où j'oublie... ... j’oublie les milliers de problèmes qui concernent les autres systèmes stellaires. Je les oublie et m’en retourne à l’obscurité verte, au silence, et aux subtils jeux d'ombres du coucher de soleil qui appartiennent à ma planète à moi. Car ici, sur ce patio, il n'y a pas de rapports mentophoniques, pas de dossiers robotisés, pas de conférences de coordination galactique. Il n'y a pas d'intrigues psychologiques, pas de diagrammes de réactions extraterrestres. Rien de compliqué ou de mystérieux.

Avec la moitié de son esprit, il savait que l'étranger avait traversé le patio et tendait la main pour s'asseoir sur une chaise ; et avec l'autre moitié, une fois de plus, il s'interrogeait sur les corps noircis qui gisaient sur la rive d’un fleuve sur la lointaine Aldebaran XII, et sur la machine tordue qui s'enroulait autour de l'arbre.

Trois humains étaient morts là-bas. Trois humains et deux androïdes, et les androïdes étaient presque humains, différents seulement en ce qu'ils étaient fabriqués au lieu d'être nés. Et les humains ne doivent pas mourir par la violence, à moins que ce ne soit par la violence d'un autre humain. Et même dans ce cas, ce doit être sur le champ d'honneur, avec tout le formel et la procédure du codex duello*, (NDT : je corrige la citation en latin médiéval, traduction : le code dans l’intérêt du duel) ou dans les affaires moins polies de la vengeance ou de l'exécution.

*

Dans le torrent des siècles, le roman de 1950Dans le torrent des siècles, le roman de 1950

La traduction anonyme de novembre 1953 pour le magazine français Galaxie.

On était au crépuscule. Les dernières lueurs du soleil, disparru à l’ouest, étaient encore orangées. Et alors, apparut la silhouette humaine. Elle s’arrêta à l’entrée de la cour dallée, appela :

— Monsieur Adams… vous êtes là ?

Le fauteuil gémit sous le poids de Christopher Adams avant qu’il ne se levât brusquement. Il avait tressailli. Puis il se souvint. Jonathan lui avait parlé de l’inconnu, installé depuis peu dans le secteur qui s’étendait au-delà des vastes pelouses. Ce Jonathan était au courant de tout, il connaissait les cancans à cent milles à la ronde, aussi bien ceux des hommes que des androïdes et des robots. Adams articula :

— Entrez… Enchanté, monsieur.

Mais sa voix était mal assurée, son ton affecté. Car en réalité, il n’était pas enchanté du tout. Il éprouvait de l’agacement, voire un malaise confus, de la présence d’un individu, dans l’ombre.

Ce moment de la journée représentait pour Adams, l’heure d’oubli. Oubli des milliers de problèmes ayant trait aux systèmes planétaires, stellaires et autres. L’heure où il aimait ramener son regard autour de lui, penser à tout ce que représentait sa propre planète, savourer le calme des frondaisons dont le vert devenait sombre… Contempler les teintes délicates du coucher du soleil.

Car là, dans la cour dallée, il n’y avait pas de communications transmises par mentophone, pas de robots, pas de conférences galactiques — on disait aussi galaxiques ou galaxiennes — pas d’intrigues psychologiques, pas de rapports plus ou moins ennuyeux sur le comportement de quelque étoile ou planète étrangère ou hostile.
En un mot, rien de mystérieux, rien qui ne fût compliqué.

Une moitié de son cerveau enregistra l’arrivée de l’inconnu s’apprêtant à s’installer dans un fauteuil, cependant que l’autre s’emplissait, une fois de plus, de la pensée de ces cadavres noircis gisant sur la berge du fleuve, dans le lointain Aldebarran-XII, et de la machine volante aux débris tordus et enroulés autour du tronc d’arbre.

Cinq victimes, dont trois Humains et deux Androïdes. Les Androïdes étaient presque des Humains, puisqu’ils en avaient l’apparence, puisqu’ils étaient de chair, d’os et de sang… Mais ils étaient d’origine chimique et non biologique. On les fabriquait en usine, il ne naissaient pas et ne subissaient aucune des phases de croissance propres aux Humains.

Le trépas de ces derniers était beaucoup plus grave. La loi interdisait leur mort violente, à moins d’être provoquée par un autre humain. Et même, dans ce cas, ce ne pouvait être que dans un combat d’honneur dûment réglementé par le code du duel… Ou au pis aller, lors d’une vengeance ou d’une exécution.

*

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Dans le torrent des siècles, le roman de 1950

La traduction française de Georges H. Gallet pour J’ai Lu.

1

L’homme surgit du crépuscule alors que la dernière lueur jaune-vert du soleil s’attardait encore à l’ouest. Il s’arrêta au bord du patio et appela :

— Mr Adams, vous êtes là ?

Le fauteuil craqua quand Christopher Adams sursauta, surpris parla voix. Puis il se souvint. Un nouveau voisin était venu s’installer de l’autre côté de la prairie, depuis un jour ou deux. Jonathon le lui avait dit… et Jonathon était au courant de tout à cent cinquante kilomètres à la ronde. De tout ce que disaient les hommes, les androïdes et les robots.

— Entrez donc, dit Adams. Vous êtes le bienvenu.

Il espéra que sa voix était aussi cordiale et aussi aimable qu’il le souhaitait.

En fait il n’était pas content. Il était même un peu irrité, troublé par cette silhouette soudaine qui surgissait du crépuscule et traversait le patio.
Il passa mentalement la main sur son front.

C’est mon heure, se dit-il. L’heure que je me donne. L’heure où j’oublie… où j’oublie les mille problèmes qui concernent d’autres étoiles. Où je les oublie et me tourne vers l’obscurité verte et le silence et les jeux d’ombres subtils du coucher du soleil qui appartiennent à ma propre planète.

Car ici, dans ce patio, il n’y a pas de rapports par mentophone, pas de classeurs robots, pas de conférences de coordination galactique… pas d’intrigues psychologiques, pas de courbes de réactions des extraterrestres ; rien de compliqué ni de mystérieux… Quoique je puisse me tromper, car il y avait du mystère ici, un mystère feutré, paisible, que l’on peut comprendre et qui ne reste mystérieux que parce que je le veux ainsi. Le mystère de l’engoulevent dans le ciel qui s’assombrit, l’énigme de la luciole dans la baie de lilas.

Une moitié de son cerveau savait que l’étranger avait traversé le patio et qu’il tendait la main vers un fauteuil pour s’y asseoir, tandis que l’autre moitié s’interrogeait de nouveau sur ces corps carbonisés qui gisaient au bord du fleuve, sur la lointaine planète Aldébaran XII, et sur cette machine tordue, enroulée autour d’un arbre.

Trois êtres humains étaient morts là-bas... trois humains et deux androïdes, et les androïdes étaient presque des humains. Et les humains ne devaient pas mourir par la violence, à moins que cela ne fût par la violence d’un autre humain. Et même alors, ce devait être pour une affaire d’honneur avec toutes les formes et les règles du code du duel ou dans les affaires moins raffinées de vengeance ou d’exécution.

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Ici la page du forum Philippe-Ebly.fr consacrée à ce roman.

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