L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde, le roman de 1886Feu vert livre / BD

The Strange Case of Dr Jekyll and Mr Hyde (1886)
Titre français : L’étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde.

Sorti le 5 janvier 1886 à Londres chez Longmans, Green & Co.
Réédité traduit par Henry Tilleul en 1931 à la bibliothèque verte Hachette,
Réédité traduit par Marcelle Sibon en mars 1949 au Club Français du livre ;
Réédité en 1958 à la Bibliothèque Mondiale, traduction anonyme,
Réédité traduit par Charles-Albert Reichen en novembre 1963 chez Nouvel Office d’édition
Réédité chez Marabout en 1970, Gallimard 1978, Folio Junior 1987 et 1991, Les 1000 Soleils, Folio Junior1999, puis 2003 ;
Réédité chez Edito service en 1968 traduction de Armel Guerne, réédité chez Phébus en 1994 ;
Traduit par Jean Muray pour Bibliothèque Verte Senior Hachette en 1977, réédité au Livre de Poche en février 1993 et au Livre de Poche jeunesse en 1997 et en mai 2002 ;
Traduit par Théo Varlet pour UGE 10/18 en mai 1978 réédité décembre 1981, réédité chez Librio en mars 1996 et novembre 2001, réédité chez Néofelis en octobre 2011 ;
Traduit par Robert Latour pour Bouquins en septembre 1984, réédité en janvier 2016 chez Robert Laffont pavillon poche ;
Traduit par Charles Ballarin chez Folio bilingue en 1992, réédité pour La Pleiade en septembre 2005, réédité pour Folio classique en février 2008 ;
Traduit par Jean-Pierre Naugrette en octore 1988 pour le Livre de Poche bilingue, réédité pour Chêne en 1994, réédité pour le Livre de Poche en août 1999, réédité et révisée en septembre 2000, réédité chez Gründ en août 2006.

Adapté fidèlement au cinéma en 1931 et en 1941.
Adapté en série télévisée steampunk / fantasy urbaine en 2015.

Très nombreux pastiches, adaptations éloignées, suites, emprunts des personnages et nombreuses parodies tous médias.

De Robert Louis Stevenson aka Robert Lewis Balfour Stevenson.

Pour adultes et adolescents.

(horreur gothique aka victorienne, presse) Gabriel John Utterson et son cousin Richard Enfield arrivent à la porte d'une grande maison lors de leur promenade hebdomadaire. Enfield raconte à Utterson qu'il y a quelques mois, il a vu un homme à l'air sinistre, Edward Hyde, piétiner une jeune fille après l'avoir accidentellement croisée. Enfield a obligé Hyde à payer 100 £ à sa famille pour éviter un scandale. Hyde a amené Enfield à cette porte et lui a remis un chèque signé par un homme de bonne réputation qui s'avérera plus tard être le docteur Henry Jekyll, ami et client d'Utterson. Utterson craint que Hyde ne fasse chanter Jekyll, car ce dernier a récemment modifié son testament pour faire de Hyde le seul bénéficiaire. Lorsque Utterson tente de discuter de Hyde avec Jekyll, ce dernier lui répond qu'il peut se débarrasser de Hyde quand il le souhaite et lui demande de laisser tomber l'affaire.

Une nuit d'octobre, un domestique voit Hyde battre à mort Sir Danvers Carew, un autre client d'Utterson, et laisser derrière lui la moitié d'une canne brisée. La police contacte Utterson, qui conduit les agents à l'appartement de Hyde. Hyde a disparu, mais ils trouvent l'autre moitié de la canne brisée. Utterson reconnaît la canne comme étant celle qu'il avait donnée à Jekyll. Utterson rend visite à Jekyll, qui lui montre une note, prétendument écrite à Jekyll par Hyde, s'excusant pour les problèmes qu'il a causés. Cependant, l'écriture de Hyde est similaire à celle de Jekyll, ce qui amène Utterson à conclure que Jekyll a falsifié le mot pour protéger Hyde...


Le texte original de Robert Louis Stevenson en 1886.


Story of the Door

Mr. Utterson the lawyer was a man of a rugged countenance that was never lighted by a smile; cold, scanty and embarrassed in discourse; backward in sentiment; lean, long, dusty, dreary and yet somehow lovable. At friendly meetings, and when the wine was to his taste, something eminently human beaconed from his eye; something indeed which never found its way into his talk, but which spoke not only in these silent symbols of the after-dinner face, but more often and loudly in the acts of his life. He was austere with himself; drank gin when he was alone, to mortify a taste for vintages; and though he enjoyed the theater, had not crossed the doors of one for twenty years. But he had an approved tolerance for others; sometimes wondering, almost with envy, at the high pressure of spirits involved in their misdeeds; and in any extremity inclined to help rather than to reprove. "I incline to Cain's heresy," he used to say quaintly: "I let my brother go to the devil in his own way." In this character, it was frequently his fortune to be the last reputable acquaintance and the last good influence in the lives of downgoing men. And to such as these, so long as they came about his chambers, he never marked a shade of change in his demeanour.

No doubt the feat was easy to Mr. Utterson; for he was undemonstrative at the best, and even his friendship seemed to be founded in a similar catholicity of good-nature. It is the mark of a modest man to accept his friendly circle ready-made from the hands of opportunity; and that was the lawyer's way. His friends were those of his own blood or those whom he had known the longest; his affections, like ivy, were the growth of time, they implied no aptness in the object. Hence, no doubt the bond that united him to Mr. Richard Enfield, his distant kinsman, the well-known man about town. It was a nut to crack for many, what these two could see in each other, or what subject they could find in common. It was reported by those who encountered them in their Sunday walks, that they said nothing, looked singularly dull and would hail with obvious relief the appearance of a friend. For all that, the two men put the greatest store by these excursions, counted them the chief jewel of each week, and not only set aside occasions of pleasure, but even resisted the calls of business, that they might enjoy them uninterrupted.

It chanced on one of these rambles that their way led them down a by-street in a busy quarter of London. The street was small and what is called quiet, but it drove a thriving trade on the weekdays. The inhabitants were all doing well, it seemed and all emulously hoping to do better still, and laying out the surplus of their grains in coquetry; so that the shop fronts stood along that thoroughfare with an air of invitation, like rows of smiling saleswomen. Even on Sunday, when it veiled its more florid charms and lay comparatively empty of passage, the street shone out in contrast to its dingy neighbourhood, like a fire in a forest; and with its freshly painted shutters, well-polished brasses, and general cleanliness and gaiety of note, instantly caught and pleased the eye of the passenger.

Two doors from one corner, on the left hand going east the line was broken by the entry of a court ; and just at that point a certain sinister block of building thrust forward its gable on the street. It was two storeys high; showed no window, nothing but a door on the lower storey and a blind forehead of discoloured wall on the upper; and bore in every feature, the marks of prolonged and sordid negligence. The door, which was equipped with neither bell nor knocker, was blistered and distained. Tramps slouched into the recess and struck matches on the panels; children kept shop upon the steps; the schoolboy had tried his knife on the mouldings; and for close on a generation, no one had appeared to drive away these random visitors or to repair their ravages.

Mr. Enfield and the lawyer were on the other side of the by-street; but when they came abreast of the entry, the former lifted up his cane and pointed.
"Did you ever remark that door?" he asked; and when his companion had replied in the affirmative. "It is connected in my mind," added he, "with a very odd story."


La traduction au plus proche.

L’étrange affaire

L'histoire de la porte

M. Utterson, l'avocat, était un homme au visage rude qui n'était jamais éclairé par un sourire ; froid, maigre et embarrassé dans son discours ; arriéré dans ses sentiments ; maigre, long, poussiéreux, morne et pourtant quelque peu aimable. Lors des réunions amicales, et lorsque le vin était à son goût, quelque chose d'éminemment humain se dégageait de son regard ; quelque chose en effet qui ne se retrouvait jamais dans son discours, mais qui s'exprimait non seulement dans ces symboles silencieux du visage d'après-dîner, mais plus souvent et plus fortement dans les actes de sa vie. Il était austère avec lui-même ; il buvait du gin quand il était seul, pour mortifier un goût pour les millésimes ; et bien qu'il aimât le théâtre, il n'en avait pas franchi les portes depuis vingt ans. Mais il avait une tolérance approuvée pour les autres ; il s'étonnait parfois, presque avec envie, de la forte pression d'esprit impliquée dans leurs méfaits ; et dans toute extrémité, il était enclin à aider plutôt qu'à réprouver. « J’ai un penchant pour l'hérésie de Caïn, disait-il pittoresquement : Je laisse mon frère aller au diable par sa propre voie. » De part son caractère, il avait souvent l’occasion d'être la dernière connaissance honorable et la dernière bonne influence dans la vie des hommes en perdition. Et à ceux-là, tant qu'ils venaient dans son cabinet, il ne faisait jamais marque d’un début de changement dans son attitude.

Sans doute l'exploit était-il facile pour M. Utterson, car il était peu démonstratif au mieux, et même son amitié semblait fondée sur une même mesure d’un bon naturel. C'est la marque d'un homme modeste que d'accepter son cercle d'amis tout fait des mains de l'opportunité ; et c'était le cas de l'avocat. Ses amis étaient ceux de son propre sang ou ceux qu'il avait connus le plus longtemps ; ses affections, comme le lierre, étaient la croissance du temps, elles n'impliquaient aucune aptitude de leur l'objet. D'où, sans doute, le lien qui l'unissait à M. Richard Enfield, son lointain parent, l'homme bien connu de la ville. Beaucoup se demandaient ce que ces deux-là pouvaient voir l'un dans l'autre, ou quel sujet de discussion ils pouvaient trouver en commun. Ceux qui les rencontraient dans leurs promenades dominicales rapportaient qu'ils ne disaient rien, avaient l'air singulièrement morne et saluaient avec un soulagement évident l'apparition d'un ami. Pour autant, les deux hommes faisaient le plus grand cas de ces excursions, les considéraient comme le principal joyau de chaque semaine, et non seulement mettaient de côté les occasions de plaisir, mais résistaient même aux appels des affaires, afin de pouvoir en profiter sans interruption.

Au cours d'une de ces promenades, le hasard voulut que leur chemin les mène dans une rue d'un quartier animé de Londres. La rue était petite et ce qu'on appelle calme, mais elle animait un commerce florissant les jours de semaine. Les habitants se portaient tous bien, semblait-il, et tous espéraient ardemment faire mieux encore, et étalaient le surplus de leurs profits en enseignes et décorations tape-à-l’œil ; de sorte que les devantures des magasins se dressaient le long de cette artère avec un air d'invitation, comme des rangées de vendeuses souriantes. Même le dimanche, lorsqu'elle voilait ses charmes les plus florissants et restait relativement vide de passage, la rue brillait par contraste avec son quartier miteux, comme un feu dans une forêt ; et avec ses volets fraîchement peints, ses cuivres bien polis, sa propreté générale et sa note de gaieté, elle attirait et plaisait instantanément l'œil du passager

À deux portes d'un coin, sur la gauche en allant vers l'est, la ligne était interrompue par l'entrée d'une cour ; et juste à ce point, un certain bloc sinistre de bâtiment avançait son pignon sur la rue. Il était haut de deux étages ; il ne présentait aucune fenêtre, rien qu'une porte à l'étage inférieur et un front aveugle de mur décoloré à l'étage supérieur ; et il portait dans chaque trait, les marques d'une négligence prolongée et sordide. La porte, qui n'était munie ni de sonnette ni de heurtoir, était boursouflée et déglinguée. Des clochards s'étaient glissés dans le renfoncement et avaient craqué des allumettes sur les panneaux ; des enfants faisaient du shopping sur les marches ; un écolier avait essayé son couteau sur les moulures ; et pendant près d'une génération, personne n'était apparu pour chasser ces visiteurs aléatoires ou pour réparer leurs ravages.

M. Enfield et l'avocat étaient de l'autre côté de la rue, mais lorsqu'ils arrivèrent devant l'entrée, le premier leva sa canne et montra du doigt.
« Avez-vous jamais remarqué cette porte ? » demanda-t-il ; et lorsque son compagnon eut répondu par l'affirmative. « Elle est liée dans mon esprit, ajouta-t-il, à une histoire très étrange. »


La traduction française de Jean-Pierre Naugrette de 1994 pour J’ai Lu / Le Livre de Poche, version légèrement révisée de sa traduction de 1988 pour Le Livre de Poche bilingue.

L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde


Mr Utterson, notaire de son état, était un homme à la mine sévère, qu’aucun sourire ne venait jamais éclairer. Il était d’une conversation froide, sèche et embarrassée. Peu porté au sentiment, cet homme grand, mince, triste et morne plaisait pourtant à sa manière. Dans les réunions entre amis, et quand le vin était à son goût, son regard se signalait par quelque chose d’éminemment humain, quelque chose qui à vrai dire ne transparaissait jamais dans sa conversation mais qui s’exprimait, non seulement part ce muet symbole qu’est le visage après un bon repas, mais plus souvent, et avec plus de force encore, à travers les actes de sa vie. Austère envers lui-même, il ne buvait du gin qu’en solitaire, afin de mortifier son penchant pour les bons crus, et bien qu’amateur de théâtre, n’y avait pas mis les pieds depuis vingt ans. Cela ne l’empêchait pas de se montrer d’une extrême tolérance envers les autres, au point de s’étonner parfois, avec une pointe d’envie, devant la dépense d’énergie qui leur était nécessaire pour commettre leurs méfaits. En dernier ressort, il se sentait plus disposé à secourir qu’à réprouver. « Je partage l’hérésie de Caïn », répétait-il, curieusement. « Je laisse mon frère aller au diable comme bon lui chante. »

Avec une telle tournure d’esprit, il lui arrivait fréquemment d’être la dernière relation avouable pour ceux qui tournaient mal, et le dernier à pouvoir exercer sur eux une influence salutaire : du moment qu’ils lui rendaient visite, son attitude à leur égard ne manifestait jamais l’ombre d’une altération.

Assurément, cette action d’éclat ne coûtait guère à Mr Utterson, car il n’était pas homme à dévoiler ses sentiments, et jusqu’en amitié faisait montre d’une égale et universelle bienveillance. Un homme modeste se reconnaît au fait qu’il accepte à l’avance le cercle d’amis dont le hasard l’entoure, et c’était le cas du notaire. Il avait pour amis des gens de son propre sang, ou bien d’autres qu’il connaissait de longue date. Ses attachements, comme le lierre, poussaient avec le temps et n’impliquaient de leur support aucune qualité particulière. De là, sans doute, le lien qui l’unissait à Mr Richard Enfield, son cousin éloigné, homme bien connu de la bonne société londonienne. La plupart des gens se demandaient avec perplexité ce que les deux hommes pouvaient bien avoir en commun. Ceux qui les croisaient au cours de leur promenade dominicale assuraient qu’ils n’échangeaient pas un mot, avaient l’air de s’ennuyer ferme, et accueillaient avec un soulagement visible l’apparition d’un tiers. Néanmoins tous deux faisaient le plus grand cas de ces sorties qu’ils considéraient comme le couronnement de leur semaine, et pour les savourer tout à loisir, non seulement ils n’hésitaient pas à sacrifier les plaisirs du monde, mais à faire la sourde oreille au pressant appel des affaires.

C’est au cours d’une de ces expéditions que le hasard les conduisit dans une petite rue d’un quartier animé de Londres. C’était ce qui s’appelle une petite rue tranquille, mais qui connaissait en semaine une animation intense. A l’évidence, elle était habitée par des gens prospères qui cultivaient tous à l’envie l’espoir de faire mieux encore, consacrant leurs bénéfices à des travaux d’embellissement, à telle enseigne que les devantures des boutiques, comme deux rangées d’accortes marchandes, offraient de chaque côté de l’artère un aspect des plus engageants. Même le dimanche, où elle voilait ses appas les plus florissants et où la circulation était presque nulle, cette rue faisait un éclatant contraste avec son terne voisinage, tel un feu dans la forêt. Et avec ses volets fraîchement repeints, ses cuivres étincelants, son air propre et pimpant, elle attirait et charmait aussitôt le regard du passant.

A deux pas d’un carrefour, sur la gauche, en direction de l’est, l’alignement était rompu par une entrée de cour, et à cet endroit même une bâtisse rébarbative avançait son pignon sur la rue : deux étages, aucune fenêtre, rien qu’une porte au rez-de-chaussée et, à l’étage, la façade aveugle d’un mur décrépit. Tout cela dénotait une longue et sordide négligence. La porte, sans heurtoir ni sonnette, était tout écaillée et décolorée. Les vagabonds avaient élu domicile dans le renforcement et se servaient du bois pour y gratter leurs allumettes. Les gamins tenaient boutique sur les marches, et les écoliers avaient essayé leurs canifs sur les moulures sans que personne, depuis près d’une génération, ne soit intervenu pour chasser ces intrus ou réparer leurs déprédations.

Mr Enfield et le notaire marchaient sur le trottoir d’en face, mais une fois arrivés à la hauteur du bâtiment le premier fit un geste de sa canne et demanda à son compagnon :
« Aviez-vous remarqué cette porte auparavant ? »

Et quand celui-ci lui eut répondu par l’affirmative, il ajouta :
« Elle demeure associée dans mon souvenir à une bien curieuse histoire. »


Ici la page du forum Philippe-Ebly.fr consacrée à ce roman.