Malevil, le film de 1981Feu vert télévision

Malevil (1981)

Sorti en France le 13 mai 1981.
Sorti en DVD.
Annoncé en blu-ray français le 4 juin 2024.

De Christian de Chalonge (également scénariste), sur un scénario de Pierre Dumayet, inspiré du roman de 1972 de Robert Merle ; avec Michel Serrault, Jacques Dutronc, Jean-Louis Trintignant, Jacques Villeret, Pénélope Palmer.

Pour adultes et adolescents.

La campagne : les oiseaux chantent, l’herbe verdoient, une camionnette jaune de la poste croise un pick-up chargé de foin encore vert aux accents de l’accordéon diffusé par sa radio. Puis la camionnette est bloquée par un troupeau de moutons qu’elle disperse en klaxonnant et en avançant malgré les « bêe » de protestations.

A la radio, la voix acidulée de la présentatrice annonce : « Pendant le week-end, le beau temps persistera sur tout le Sud Ouest avec pour l’après-midi des températures plus élevées que la normale saisonnière : Bordeaux, 21 degrés ;Toulouse, 23 degrés... »

La camionnette de la Poste s’arrête devant le camion à l’arrêt d’un laitier chargé de bonbonnes, sous le regard d’une vache et de son veau derrière leur auge : « Alors à ce soir au café Chaudière ? » demande le laitier. Le postier répond « Ouais, ouais, salut ! » et repart.

Puis la camionnette aborde un chemin de terre pentu en lacet que dévale deux écoliers cyclistes, avec vue sur les prés et le village. La camionnette klaxonne. Puis de nouveaux lacets approchant la forêt.

Le château local. Une femme appelle longuement « Momo ! », un jeune homme obèse se cachant au bas de marches moussues étreignant et bâillonnant un chien pas très grand. Puis comme la femme appelle encore, Momo s’éloigne en marchant à pas de loup dans la pénombre d’une colonnade arpentée par des poules, puis détale pour traverser le couloir d’accès au grand porche et grimper les marches du perron de la loge de la gardienne. Il ressort en courant de l’autre côté de la maison, faisant cancaner les oies, le coq, d’autres poules et quelques canards.

Un peu après lui, une vieille dame en noir et coiffée d’un grand châle noir sort en criant à nouveau : « Momo ! Momo ! » Mais Momo semble déjà loin, sur un talus herbu bordant un pré où broutent quatre chevaux pommelés, non loin du château et de ses tours aux toits pointus.

Momo part à nouveau en courant pour traversé le pré, ayant lâché son chien pour qu’il le suive en trottant, tandis qu’il crie à l’animal « Allez, viens, viens ! »

Mais la vieille dame, plus rapide qu’on ne l’aurait cru, sort du bois à sa suite, le talonnant. Et dans le grand pré, un barbu poivre et sel en veste et pantalon de velours se joint à la poursuite, et comme Momo veut grimper à un arbre, l’attrape et le force à descendre pendu à sa branche.

« Qu’est-ce qui s’passe ? » demande le barbu à la vieille dame qui explique : « On est samedi ! » Et Momo de crier : « Pas samedi !!! » Le barbu corrige : « Mais si, on est samedi ! » et à la dame : « Tu veux que j’t’aide ? — Oui, merci Emmanuel ! » et de mettre un petit aller-retour à Momo, qui bredouille : « Pas ça, pas ça… »

Entraîné par la dame et Emmanuel, Momo se retrouve debout sur la large cuvette à l’entrée de la maison de la gardienne, et Emmanuel lui verse un broc d’eau sur la terre. Momo crie et Emmanuel commente : « Voilà, le plus dur est fait… Maintenant enlève ton pull et ton pantalon… »

Comme la dame ôte le pull, et que Momo tremble, Emmanuel insiste : « Ecoute Momo, tu as trente ans depuis deux ans : à trente ans, on se lave tout seul ! Tu comprends ça ? »

Et la vieille dame de profiter de la distraction pour balancer un autre broc d’eau plus grand sur Momo, dont la gerbe d’eau éclabousse largement Emmanuel qui recule en répétant « voilà, voilà… »

Et comme la vieille dame s’efforce de baisser les bretelles de Momo, Emmanuel s’éloignant demande à la dame : « Les bouteilles sont propres ? » et elle répond : « Oui, presque toutes. »

Puis Emmanuel passe à l’écurie que visite le vétérinaire : à propos de la vache enceinte, le vétérinaire déclare : « ça m’étonnerait que ce soit pour aujourd’hui ou demain non plus… » Emmanuel demande : « Et la truie ? — Je vais la voir… » et le vétérinaire à son assistant : « Gérard, tu veux aller me chercher une lampe électrique ? j’en ai une dans la sacoche. »

Puis dépassant Gérard auprès d’une jument pommelée : « Pervenche, c’est toujours la plus belle… » et rejoint par Emmanuel, il s’arrête auprès d’une grosse truie rose entourée de ses petits cochons à la tétée. Le vétérinaire remarque en pointant la petite planche de bois qui barre la sortie du box : « Ah, vous devriez remonter la cloison là : une maternité, ça doit être propre… »

Mais Emmanuel s’éloigne : « Je vais mettre mon vin en bouteille, si vous voulez venir le goûter ? »

Emmanuel sort dans la court du château où la camionnette chargée de colis du facteur se gare, tandis que l’animatrice radio, à la voix toujours aussi acidulée, annonce : « … à onze heures, d’autres informations. »
Le facteur coupe le contact, donc la radio, et la cigarette au bec, tend une enveloppe de petite taille mais épaisse à Aurélien : « Bonjour, Monsieur le Maire ! »

L’intéressé répond alors qu’il considère l’enveloppe : « Si vous avez soif… » et le facteur lui fait remarquer : « Ils viennent de loin, ces timbres… » Emmanuel demande : « Vous en faites collection ? »
Le facteur descend de sa camionnette et referme la portière : « Pas pour moi, mais mon fils… » et le maire répond : « J’vous les mettrai de côté… — Merci ! »

Emmanuel descend un petit escalier pour passer une porte donnant sur une cave voûtée au sol de sable éclairée par l’ampoule nu d’une lanterne baladeuse accroché à un tonneau, ; il prend une bouteille de verre vert, va au fût, amorce en aspirant à un tuyau puis fait s’écouler le vin dans la bouteille posée au sol. Il ouvre l’enveloppe…

Mais déjà trois hommes descendent à leur tour dans la cave : un moustachu (Colin), un homme binoclard en complet gilet rouge et cravate bleu (Bouvreuil) et un troisième homme pull noir et cheveux blancs … « Même le pharmacien ? » fait mine de s’étonner Emilie : « C’est une délégation… »

Le pharmacien répond en bafouillant : « Mais pas du tout : ce sont ces messieurs qui m’ont entraîné… »

Un silence, et Emmanuel demande : « Eh bien ? » Le moustachu répond : « On a demandé à Monsieur Bouvreuil … » (il montre le pharmacien à gilet rouge) « … de venir pour que vous vous mettiez d’accord tous les deux. »

Emmanuel se lève : « Voulez-vous qu’on aille dans la cuisine ? » et le pharmacien répond : « Non, non, permettez… » et déplie la carte qu’il tenait sur le sol et s’agenouillant pour pointer du doigt sur la carte : « Je n’ai rien contre ce projet en soi, mais regardez ça : ils me mettent un lampadaire juste là, devant la fenêtre de ma chambre… »

Le moustachu se retourne vers Emmanuel : « Tu crois pas qu’on pourrait le décaler un peu ? »

Emmanuel soupire, décroisant ses bras, s’accroupit à côté du pharmacien : « On a modifié ce plan dix-sept fois, on peut continuer… Mais je me rappelle qu’on ne peut pas déplacer le lampadaire sur la gauche, parce qu’à gauche il y a la croix de votre pharmacie… Et à droite, il y a la rue du docteur Bouvreuil : vous ne voulez tout de même pas qu’on mette le lampadaire au milieu de la rue qui porte le nom de votre père ? »
Dépité, le pharmacien baisse les yeux et répond tout bas : « Dans ce cas, ne comptez pas sur ma voix. »

Emmanuel se relève, le moustachu répond : « C’est pas possible » et Emmanuel reprend : « on sait que nous avons besoin de votre voix pour faire passer ce projet ; j’ai une solution à vous proposer : si la croix de votre pharmacie était placée juste au-dessous de votre chambre, en seriez vous gêné ?

Le pharmaciens e relève à son tour : « Non, puisque j’éteins la croix dès la fermeture. — Parfait, alors nous mettons le lampadaire à la place de la croix et vous mettez la croix sous votre chambre. — Qui paiera les travaux ? »

Dépité à son tour, Emmanuel répond : « La municipalité… A moins que, euh, vous soyez contre ? »

Le pharmacien remarque : « Mais ça sera modeste de toute façon… » et Emmanuel répète, « … de toute façon. »

Emmanuel demande : « Est-ce réglé ? » Le pharmacien sort un stylo de la poche intérieure de sa veste et le tend à Emmanuel : « Cela vous ennuierait… » il se racle la gorge « de notifier ce changement ? »

Emmanuel hoche la tête, met un genou à terre et rature le plan, puis au pharmacien : « Voulez-vous goûter mon vin ? — Merci. » Le moustachu demande « Où sont les verres ? » et va les chercher. Les trois hommes se rassemblent. Le pharmacien trouve l’enveloppe : la lettre est adressée à Monsieur Emmanuel Comte, château de Malevil, par la Bar…12310 France. »

« L’Australie ? Si j’osais, je vous demanderai les timbres… — Je les ai déjà promis. »

Le troisième homme aux cheveux blanc et pull noir demande : « …y va pas rev’nir un peu ton fils ? »

Emmanuel répond : « A l’automne ; il te dit bonjour. » et Emmanuel commence à servir les verres. La porte de la cave s’ouvre aux accents d’un accordéon grésillant : c’est Momo qui tient la radio portable à son oreille, suivi de la vieille dame qui descend les marches de l’escalier à sa suite.

Alors qu’ils trinquent, les lumières de la cave s’éteignent : « Ah, encore une panne… » remarque Emmanuel dans l’obscurité. « Attendez, j’ai un briquet… » dit Emmanuel qui allume une bougie.

Le moustachu examine la radio muette de Momo. Mais la radio n’est pas en panne : en poussant le volume et en balayant les fréquences, on n’entend qu’un grésillement. Le moustachu remarque : « C’est bizarre… y’a plus rien , mais y’a des piles… »

Emmanuel se retourne comme une vive lumière bleuâtre se met à éclairer la cave par le dessous et les fentes de la porte d’entrée. Tous se sont retournés, surpris, tandis qu’un grondement monte, comme un tonnerre en continue, et que du vent se met à hurler. Tout se met à trembler sur les étagères. Momo apeuré se jette à terre, tout le monde protège ses oreilles avec ses mains.

Alors les bouchons des bouteilles de vin déjà remplies se mettent à sauter les uns après les autres, et les bouteilles se vident, tandis que tout le monde se met à transpirer et tombe à genoux ; on entend des craquements, et une déflagration, et le château semble se mettre à crouler. Un des fûts déborde, l’homme au cheveux blanc prend la tête du moustachu qui semblait étouffer, la mouille dans un baril d’eau et le moustachu semble soulagé.

Ils se sont arrachés pulls, vestes et chemises et Emmanuel se traîne jusqu’au thermomètre mural … qui indique plus de 46 degrés. Au mur, les jambons pendus et les terrines cuisent. La bougie s’est liquéfiée mais brûle encore. Plusieurs se jettent sur le vin.

Alors la porte de la cave s’ouvre à nouveau, et le facteur, les vêtements et la peau brûlés, titube et roule au bas des marches. Le pharmacien s’élance alors et claque la porte. Emmanuel rampe jusqu’au facteur : il est mort, les yeux ouvertes. Emmanuel s’évanouit.

Malevil, le film de 1981

Malevil, le film de 1981

Malevil, le film de 1981

Malevil, le film de 1981

Malevil, le film de 1981

Malevil, le film de 1981

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Ici la page du forum Philippe-Ebly.fr consacrée à ce film.

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Omni, le magazine de Science-fiction, le numéro de mai 1981Feu vert livre / BD

Johnny Mnemonic (1981)

Sorti en mai 1981 aux USA dans le magazine Omni.
Recueilli en avril 1986 dans Burning Chrome chez Arbor House
Traduit en français en septembre 1987 par Jean Bonnefoy dans Gravé sur chrome, aux éditions La Découverte, collection Fictions.
Réédité en poche en décembre 1990 chez J’ai Lu,
Réédité en grand format broché le 28 mars 2006 chez J’ai Lu.
Adapté en film, film adapté en roman par Terry Bisson en 1995.

De William Gibson.

(presse) Johnny est un courrier de données spécialisé dans le transport de données sensibles. Ces données sont directement imprimées dans son cerveau et cryptées de manière à ce que seul le client puisse les récupérer. Johnny a donné rendez-vous à son dernier client, Ralfi Face, au bar du Drome. Ralfi est en retard pour récupérer les centaines de mégaoctets de données qu'il a stockées dans la tête de Johnny. Seulement Ralfi a l'intention de ne pas payer, seulement décapiter Johnny et récupérer les données d'une manière non contractuelle.

Les nouvelles puis les romans de William Gibson sont toujours des réussites, mais vise à évoquer un futur désormais très proche de notre présent. Gibson est présenté comme le pape du cyberpunk, tandis que Philip K. Dick en serait le précurseur, le cyberpunk étant une littérature censée nous éblouir par ses mirages virtuels, ses super-pouvoirs obtenus par l'augmentation technologique du corps de ses héros. Les héros de Gibson peuvent être des mercenaires comme une simple fan-girl envoyée à Tokyo par son -. Les méchants sont les super-riches et leurs pions, des exécuteurs brutaux et sadiques, des savants avides, des cadres sans scrupules tels que vous pouvez en voir dans Total Recall ou Robocop de Paul Verhoeven. Une des difficultés à la lecture des récits de Gibson, outre le fait que les traductions des années 1980 peuvent facilement passer à côté du mot aujourd'hui courant comme clé (USB), c'est de correctement visualiser le récit, les personnages, les décors. Et là encore, c'est le réalisateur Ridley Scott qui en adaptant Philip K. Dick dans Blade Runner, a donné une identité graphique au cyberpunk. Johnny Mnemonic a été adapté en film sans les moyens technologiques ni le budget pour atteindre les sommets de Blade-Runner, Total Recall ou Robocop, sans oublier que le scénario de la nouvelle est trop court. Il aurait mieux valu entrelacer fusionner les nouvelles Gravé sur Chrome avec le budget nécessaire et une vision digne de ce nom. Sseule votre imagination à vous, lecteur, y parviendrait aujourd'hui.

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ImageFeu vert livre / BD

Le texte original de William Gibson (mai 1981)

JOHNNY MNEMONIC

I put the shotgun in an Adidas bag and padded it out with four pairs of tennis socks, not my style at all, but that was what I was aiming for: If they think you're crude, go technical; if they think you're technical, go crude. I'm a very technical boy. So I decided to get as crude as possible. These days, thought, you have to be pretty technical before you can even aspire to crudeness. I'd had to turn both those twelve-gauge shells from brass stock, on the lathe, and then load then myself; I'd had to dig up an old microfiche with instructions for hand-loading cartridges; I'd had to build a lever-action press to seat the primers-all very tricky. But I knew they'd work.

The meet was set for the Drome at 2300, but I rode the tube three stops past the closest platform and walked back. Immaculate procedure.

I checked myself out in the chrome siding of a coffee kiosk, your basic sharp-faced Caucasoid with a ruff of stiff, dark hair. The girls at Under the Knife were big on Sony Mao, and it was getting harder to keep them from adding the chic suggestion of epicanthic folds. It probably wouldn't fool Ralfi Face, but it might get me next to his table.

The Drome is a single narrow space with a bar down one side and tables along the other, thick with pimps and handlers and a arcane array of dealers. The Magnetic Dog Sisters were on the door that night, and I didn't relish trying to get out past them if things didn't work out.

They were two meters tall and thin as greyhounds. One was black and the other white, but aside from that they were as nearly identical as cosmetic surgery could make them. They'd been lovers for years and were bad news in the tussle. I was never quite sure which one had originally been male.

Ralfi was sitting at his usual table. Owing me a lot of money. I had hundreds of megabytes stashed in my head on an idiot/savant basis information I had no conscious access to. Ralfi had left it there. He hadn't, however, came back for it. Only Ralfi could retrieve the data, with a code phrase of his own invention. I'm not cheap to begin with, but my overtime on storage is astronomical. And Ralfi had been very scarce.

Then I'd heard that Ralfi Face wanted to put out a contract on me. So I'd arranged to meet him in the Drome, but I'd arranged it as Edward Bax, clandestine importer, late of Rio and Peking.

The Drome stank of biz, a metallic tang of nervous tension. Muscle-boys scattered through the crowd were flexing stock parts at one another and trying on this, cold grins, some of them so lost under superstructures of muscle graft that their outlines weren't really human.

Pardon me. Pardon me, friends. Just Eddie Bax here, Fast Eddie the Importer, with his professionally nondescript gym bag, and please ignore this slit, just wide enough to admit his right hand.

Ralfi wasn't alone. Eighty kilos of blond California beef perched alerty in the chair next to his, martial arts written all over him. Fast Eddie Bax was in the chair opposite them before the beef's hands were off the table. 'You black belt?' I asked eagerly. He nodded, blue eyes running an automatic scanning pattern between my eyes and my hands. 'Me too,' I said. 'Got mine here in the bag.' And I shoved my hand through the slit and thumbed the safety off. Click. 'Double twelve-gauge with the triggers wired together.'

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La traduction au plus proche

JOHNNY MNEMONIC

J'ai mis le fusil dans un sac Adidas et je l'ai calé avec quatre paires de chaussettes de tennis, ce n'est pas du tout mon style, mais c'était ce que je visais : S'ils pensent que vous êtes gros nul, jouez-la technique ; s'ils pensent que vous êtes technique, jouez-là gros nul. Je suis un garçon très technique. J'ai donc décidé d'être aussi nul que possible. De nos jours, je pense qu'il faut être assez technique avant de pouvoir aspirer à la nullité. J'avais dû tourner ces deux obus de calibre douze à partir de laiton, sur le tour, puis les charger moi-même ; j'avais dû déterrer une vieille microfiche avec des instructions pour charger les cartouches à la main ; j'avais dû construire une presse à levier pour placer les amorces — tout cela était très délicat. Mais je savais qu'elles fonctionneraient.

Le rendez-vous était fixé au Drome à 2300, mais je suis descendu du métro trois arrêts après la station la plus proche et je suis revenu à pied. Procédure impeccable.

J’ai vérifié ma mise du côté chromé d'un kiosque à café, l’eurasien typique au visage pointu, avec une touffe de cheveux noirs et raides. Les filles de Sous-le-Couteau aimaient beaucoup Sony Mao, et il était de plus en plus difficile de les empêcher de céder à la tentation chic de vous faire les yeux bridés. Ça ne tromperait probablement pas Ralfi Face, mais ça pourrait me placer à côté de sa table.

Le Drome est un espace unique et étroit, avec le bar d'un côté et les tables le long de l'autre, rempli de souteneurs, d'intermédiaires et d'une galerie de dealers. Les Sœurs Chiennes Magnétiques gardaient à la porte ce soir-là, et si les choses devaient mal tourner, l’idée d’avoir à les affronter pour sortir ne me réjouissait pas.

Elles faisaient deux mètres de haut et étaient minces comme des lévriers. L'une était noire et l'autre blanche, mais à part ça, elles étaient aussi identiques que la chirurgie esthétique pouvait les rendre. Elles étaient amantes depuis des années et elles étaient réputer vous massacrer dans une bagarre. Je n'ai jamais su exactement laquelle des deux était le mâle à l'origine.

Ralfi était assis à sa table habituelle. Il me devait beaucoup d'argent. J'avais des centaines de mégaoctets stockés dans ma tête façon idiot/savant, des informations auxquelles je n'avais pas accès consciemment. Ralfi les avait laissés là. Mais il n'était pas revenu les chercher. Seul Ralfi pouvait récupérer les données, avec une phrase de code de sa propre invention. Je ne suis pas bon marché pour commencer, mais mes heures supplémentaires sur le stockage sont astronomiques. Et Ralfi s'était fait très rare.

Puis j'avais entendu dire que Ralfi Face voulait mettre un contrat sur moi. Je lui ai donc donné rendez-vous dans la Drome, mais en tant qu'Edward Bax, importateur clandestin, anciennement basé à Rio et Pékin.

Le Drome puait le biz, un goût métallique de tension nerveuse. Les Gros-durs éparpillés dans la foule se montraient leurs muscles les uns aux autres et testaient là-dessus des sourires froids, certains d'entre eux tellement perdus sous des superstructures de greffe musculaire que leurs contours n'étaient plus vraiment humains.

Pardon. Pardon les amis. C’est Juste moi, Eddie Bax, Eddie Rapido, l'importateur, avec son sac de sport quelconque du boulot, et s'il vous plaît ignorez cette entaille, juste assez grande pour laisser passer sa main droite.

Ralfi n'était pas seul. Quatre-vingt kilos de bœuf californien blond étaient perchés sur la chaise à côté de la sienne, comme si on avait écrit partout sur lui « Champion d’arts martiaux ». Eddie Rapido Bax se retrouva sur la chaise en face d'eux avant que les mains du bœuf ne quittent la table. « T’es ceinture noire ? » je demandai avec impatience. Il hocha la tête, ses yeux bleus faisant un balayage automatique entre mes yeux et mes mains. « Moi aussi, j’ai ajouté. J'ai la mienne dans le sac. » Je glissai ma main dans l’entaille et j’enlevai la sécurité avec le pouce. Clic. « "Double calibre douze avec détentes connectées. »

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Gravé sur Chrome, le recueil de nouvelles de 1986Gravé sur Chrome, le recueil de nouvelles de 1986

La traduction de Jean Bonnefoy de 1987 ( La découverte / J’ai Lu)

JOHNNY MNEMONIC

Je glissais le fusil dans le sac Adidas, planqué sous quatre paires de chaussettes pour caler, pas du tout mon style, mais c’était le but visé : si on vous croit primaire, faites dans le technique ; si on vous croit technique, donnez dans le primaire. Moi, je suis du genre hyper-technique, alors j’avais décidé d’être le plus primaire possible. Quoique de nos jours, il faille être sacrément technicien, ne fût-ce que pour aspirer simplement à jouer les primaires. J’avais dû tourner moi-même dans un jet de laiton les douilles de 12 et les charger moi-même ; et pour se faire, aller dénicher une vieille microfiche sur la manière de remplir à la main les cartouches ; j’avais dû me bricoler une presse à balancier pour remplir les amorce — délicat, tout ça. Mais j’étais sûr que ça marcherait.

Le rendez-vous était fixé à 23. 00 au Drome, mais je descendis trois arrêts après la station la plus proche pour revenir sur mes pas à pied. Impeccable, la méthode.

Je me mirai dans la paroi latérale d’une machine à café : visage classique de Blanc, taillé à la serpe, avec une touffe de cheveux raides et noirs. A Sous-le-Scalpel, les filles ne juraient plus que par Sony Mao et ça devenait de plus en plus dur de les empêcher de vous brider pour un rien les yeux, pour faire plus chic. Ça ne tromperait sans doute pas Ralfi Face, mais ça me permettrait peut-être au moins d’approcher de sa table.

Le Drome est une salle unique, étroite — le bar d’un côté et les tables de l’autre —, bourrée de macs, d’arnaqueurs et de tout un assortiment de dealers. C’était les Sœurs Chiennes Magnétiques qui officiaient comme videuses ce soir-là, et j’appréciais modérément la perspective de devoir leur filer entre les doigts si jamais ça tournait mal. Elles faisaient deux mètres de haut et étaient élancées comme des lévriers. L’une était noire, l’autre blanche, mais à part ça, elles étaient aussi semblables que peut le permettre la chirurgie esthétique. Elles étaient amantes depuis des années et dans une bagarre, ce n’était pas la joie. Je n’ai jamais bien su laquelle des deux avait été le mâle, à l’origine.
Ralfi était installé à sa table habituelle. Il me devait un sacré paquet de fric. J’avais des centaines de méga-octets planqués dans la tête selon la technique idiot/savant, des informations auxquelles je n’avais consciemment aucun accès. Ralfi les avait laissées. Il n’était pas non plus revenu les chercher. Lui seul pouvait récupérer les données, à l’aide d’une phrase-code de son propre cru. En temps de stockage, je ne suis déjà pas bon marché mais, en cas de dépassement, mes tarifs deviennent franchement astronomiques. Et Ralfi avait eu tendance à se faire oublier.

… Et puis voilà que j’avais appris que Ralfi avait commandité un tueur pour m’éliminer. D’où mon idée d’organiser cette rencontre au Drome avec lui. Sauf qu’en l’occurrence, j’étais un certain Edward Bax, importateur clandestin, officiant naguère Rio et Pékin.

Le Drome puait le trafic : arrière-goût métallique de tension nerveuse. Des malabars éparpillés dans la foule jouaient des biceps en échangeant de minces sourires glacés et certains étaient noyés sous de telles masses de muscles greffés qu’ils n’avaient presque plus figure humaine.

Pardon. Pardon les gars. Moi, je ne suis qu’Eddie Bax, Fast Eddie, le roi de l’Import, avec son sac de sport tout bête, et non, ne faites pas attention à cette fente, tout juste assez large pour y glisser la main droite.
Ralfi n’était pas seul. Quatre-vingt kilos de bœuf californien blonds était juchés avec aisance sur la chaise voisine, un vrai catalogue d’arts martiaux.

Fast Eddie Bax s’était installé dans la chaise en face avant que l’autre bovidé ait levé les mains de la table. « Z’êtes ceinture noire ? », m’enquis-je avec curiosité. Il acquiesça, trajet machinal des yeux bleus, de mes yeux à mes mains, pour me scruter. « Moi aussi, répondis-je. J’l’ai même dans mon sac. » Et glissant la main par la fente, je relevai le cran de sûreté. Clic. « Calibre douze à double canon avec détentes couplées. »

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Forteresse des étoiles, le roman de 1981Feu vert livre / BD

Downbelow Station (1981)
Autres titres : Company Wars 3.
Traduction du titre original : Les guerres corporatistes 3: Station Australe (?)

Prix Hugo 1982.

Sorti aux USA en février 1981 chez DAW BOOKS US.
Sorti en France le 10 avril 1983 chez OPTA FR (traduction de Daniel Lemoine)
Sorti en France en novembre 1985 chez OPTA collection GALAXY BIS tome 1.

De C. J. Cherryh.

Résumé à venir.

Forteresse des étoiles, le roman de 1981  Forteresse des étoiles, le roman de 1981

Forteresse des étoiles, le roman de 1981   Forteresse des étoiles, le roman de 1981

Forteresse des étoiles, le roman de 1981   Forteresse des étoiles, le roman de 1981

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(traduction au plus proche)

Chapitre Un

La Terre et au-delà: 2005-2352

Les étoiles, tout comme les autres aventures humaines, étaient une évidente impossibilité, aussi rude et irréaliste comme ambition qu'était la première incursion sur les vastes océans de la Terre elle-même, ou dans les airs, ou dans l'Espace. La Station Sol avait connu plusieurs années d'existence rentable; il y avait les premières mines, usines, génératrices d'énergie spatiale qui commençaient à rapporter. La Terre les considéra comme acquis aussi rapidement qu'elle l'avait fait pour l'ensemble de ses progrès précédents. Des missions lancées depuis la station explorait le système, un programme éloigné de l'entendement du public, mais il ne rencontra aucune opposition de taille, dès lors qu'il ne troublait pas le bien-être de la Terre. Alors tranquillement, d'une manière tout à fait factuelle, la première sonde s'envola jusqu'au deux étoiles les plus proches, sans équipage, pour recueillir des données et revenir avec, une tâche en elle-même d'une considérable complexité...

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(Le texte original)

Chapter One

Earth and Outward: 2005-2352

The stars, like all man’s other ventures, were an obvious impracticality, as rash and improbable an ambition as the first venture of man onto Earth’s own great oceans, or into the air, or into space. Sol Station had existed profitably for some years; there were the beginnings of mines, the manufacturies, the power installations in space which were beginning to pay. Earth took them for granted as quickly as it did all its other comforts. Missions from the station explored the system, a program far from public understanding, but it met no strong opposition, since it did not disturb the comfort of Earth.  So quietly, very matter of factly, that first probe went out to the two nearest stars, unmanned, to gather data and return, a task in itself of considerable complexity. The launch from station drew some public interest, but years was a long time to wait for a result, and it passed out of media interest as quickly as it did out of the solar system. It drew a great deal more attention on its return, nostalgia on the part of those who recalled its launch more than a decade before, curiosity on the part of the young who had known little of its beginning and wondered what it was all about. It was a scientific success, bringing back data enough to keep the analysts busy for years… but there was no glib, slick way to explain the full meaning of its observations in layman’s terms. In public relations the mission was a failure; the public, seeking to understand on their own terms, looked for material benefit, treasure, riches, dramatic findings.

What the probe had found was a star with reasonable possibilities for encouraging life; a belt of debris, including particles, planetoids, irregular chunks somewhat under planet size with interesting implications for systemic formation, and a planetary companion with its own system of debris and moons… a planet desolate, baked, forbidding. It was no Eden, no second Earth, no better than what existed in the sun’s own system, and it was a far journey to have gone to find that out. The press grappled with questions it could not easily grasp itself, sought after something to give the viewers, lost interest quickly. If anything, there were questions raised about cost, vague and desperate comparisons offered to Columbus , and the press hared off quickly onto a political crisis in the Mediterranean , much more comprehensible and far bloodier.

The scientific establishment on Sol Station breathed a sigh of relief and with equal quiet caution invested a portion of its budget in a modest manned expedition, to voyage in what amounted to a traveling miniature of Sol Station itself, and to stay a time making observations in orbit about that world.  And very quietly, to further imitate Sol Station, to test manufacturing techniques which had built Earth’s great second satellite… in stranger conditions. Sol Corporation supplied a generous grant, having a certain curiosity, a certain understanding of stations and what profits could be looked for from their development That was the beginning.

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(traduction de Daniel Lemoine)

1

TERRE ET ESPACE: 2005-2352

Les étoiles, comme toutes les conquêtes de l'homme, étaient une impossibilité manifeste, une ambition aussi téméraire qu'irréalisable que la conquête des immenses océans de la Terre, de l'air ou de l'espace. La Station Sol fonctionnait depuis plusieurs années; les premières mines, fabriques et centrales énergétiques de l'espace commençaient à rapporter. La Terre les assimila aussi rapidement qu'elle avait absorbé les autres éléments de son confort. Des missions parties de la station explorèrent le Système, programme que le public n'était absolument pas en mesure de comprendre mais qui ne se heurta à aucune opposition du fait qu'il ne mettait pas en péril le confort dont jouissait la Terre.

Très discrètement, très prosaïquement, la première sonde, inhabitée, gagna les deux étoiles les plus proches, recueillit des informations et rentra, tâche en elle-même d'une complexité considérable...

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Hurlement, le film de 1981Feu vert cinéma

The Howling (1981)
Traduction : Le hurlement.

Sorti en France le 21 janvier 1981.
Sorti aux USA le 13 mars 1981.
Sorti en Angleterre le 14 mai 1981.
Sorti en blu-ray français le 11 mai 2010 (région B, image de qualité, pas de sous-titres anglais, son faiblard et localisé sur la bulle avant, surtout sur l'unique bonus, son étouffé)
Sorti en blu-ray américain le 18 juin 2013 - Edition collector (région A, pas de version française, nombreux bonus, image et son de qualité).

De Joe Dante, sur un scénario de John Sayles, d'après le roman de Gary Brandner ; avec Dee Wallace, Patrick Macnee, Dennis Dugan, Belinda Balaski, Robert Picardo, Christopher Stone, John Carradine, Elisabeth Brooks, James MacKrell, Noble Willingham.

Pour adultes.

Alors qu’à la télévision le docteur John Waggner disserte à propos de la répression de l’instinct animal chez l’être humain et fait la promotion de son dernier livre - Le Don, un homme hirsute fait d’étranges bruits dans une chambre aux murs tapissés de dessins d’hommes-loups.

Au même moment, dans la rue, Karen White, présentatrice de télévision a décidé de faire un scoop en sortant seule de nuit dans le quartier où ont été commis des meurtres en série de femmes. Elle porte un micro, mais la liaison est mauvaise à cause des interférences – et l’opération se fait en collaboration avec la Police qui patrouille aux alentours. Karen White a en effet reçu une série d’appels téléphoniques d’un dénommé Eddie. Karen n’en mène pas vraiment large : après avoir été abordée dans une ruelle, elle s’est rendue dans une cabine téléphonique marquée d’un Smiley, et un homme l’empêche de sortir. Alors le téléphone de la cabine se met à sonner : c’est Eddie, qui lui demande si elle porte bien les vêtements qu’il a demandé. Les interférences sont trop fortes tandis que Eddie donne à Karen une adresse – et dans la rédaction de la chaîne de télévision, Bill, le mari de Karen est furieux, mais, Chris, l’ami journaliste de Karen assure à Bill que la police la retrouvera.

Pendant ce temps, Karen croit que la police et sa rédaction continue d’écouter son métro. Elle entre dans le Sex-Shop à l’adresse convenue avec Eddie, trouve un Smiley sur la porte d’une des cabines de visionnages de film et elle entre dans la cabine. Un homme dans son dos met une pièce dans la machine et un film porno commence à être projeté. Eddie, dont elle n’a toujours pas vu le visage, lui demande de seulement regarder le film, où une blonde est attachée sur un lit et gémit de terreur. Alors Eddie lui explique que les acteurs sur le film – les autres – ne ressentent rien, mais lui, et elle, Karen, ils sont capables de vraiment ressentir les choses. La voix de Eddie devient caverneuse et il lui dit qu’elle peut enfin regarder. Au même moment, deux policiers entrent dans le Sex-Shop, et le propriétaire leur confirme que Karen est entrée pour regarder un film dans l’une de ses cabines.

Alors Karen se met à hurler, et le plus jeune des policiers tire dans la porte. Eddie est tué, mais quand Karen est sortie de la cabine, elle est si traumatisée qu’elle ne se souvient de rien de ce qui a pu arriver dans la cabine. Et depuis son sommeil est peuplé de cauchemars, dont elle se réveille en hurlant, juste avant de voir le visage de Eddie, et le mari de Karen est incapable de la consoler. De leur côté, les deux journalistes de la chaîne de télévision amis de Karen, Chris et Terry, continuent l’enquête et trouve la chambre d’Eddie, aux murs couverts de coupures de presse et de dessin, dont un de Karen au naturel, et un de Karen en femme-loup…

Hurlement, le film de 1981

Hurlement, le film de 1981

Hurlement, le film de 1981

Hurlement, le film de 1981

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Ici la page du forum Philippe-Ebly.fr consacrée à ce film.

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