Les aventures de Pinocchio, le roman de 1881Feu vert livre / BD


Le avventure di Pinocchio (1881)

Sous-titre : Storia di un burattino (l’histoire d'un pantin).

Paru pour la première fois le 7 juillet 1881 en feuilleton de 1881 à 1883 dans Giornale per i bambini, le supplément pour les enfants du journal Fanfulla della domenica.

De Carlo Collodi.

Pour adultes et adolescents.

(presse, fable fantastique) L'histoire commence en Toscane, en Italie. Un charpentier nommé Maître Antonio, mais que tout le monde appelle Maître Cerise, a trouvé un bloc de bois qu'il compte tailler en un pied pour sa table. Mais lorsqu'il commence, la bûche se met à crier. Effrayé par la bûche qui parle, Maître Cerise la donne à son voisin Geppetto, un homme extrêmement pauvre qui envisage de gagner sa vie comme marionnettiste dans l'espoir de gagner "une croûte de pain et un verre de vin".

Geppetto sculpte le bloc pour en faire un garçon et le nomme "Pinocchio". Dès que le nez de Pinocchio a été sculpté, il commence à grandir avec son impudence congénitale. Avant même qu'il ne soit construit, Pinocchio a déjà une attitude espiègle ; à peine Geppetto a-t-il fini de sculpter les pieds de Pinocchio que la marionnette commence à lui donner des coups de pied. Lorsque la marionnette est terminée et que Geppetto lui apprend à marcher, Pinocchio s'enfuit par la porte et s'enfuit dans la ville. Il est rattrapé par un carabinier, qui pense que Pinocchio a été maltraité et emprisonne Geppetto.

Laissé seul, Pinocchio retourne à la maison de Geppetto pour chercher quelque chose à manger. Une fois arrivé chez lui, un grillon parlant qui vit dans la maison depuis plus d'un siècle le met en garde contre les dangers de la désobéissance et de l'hédonisme. En représailles, Pinocchio lance un marteau sur le grillon, avec plus de précision que prévu, et le tue accidentellement.

*

Les aventures de Pinocchio, le roman de 1881

Le texte original de Carlo Collodi

LE AVVENTURE DI PINOCCHIO
STORIA DI UN BURATTINO

I.
Come andò che Maestro Ciliegia, falegname, trovò un pezzo di legno, che piangeva e rideva come un bambino.


— C’era una volta....
— Un re! — diranno subito i miei piccoli lettori.
— No, ragazzi, avete sbagliato. C’era una volta un pezzo di legno.

Non era un legno di lusso, ma un semplice pezzo da catasta, di quelli che d’inverno si mettono nelle stufe e nei caminetti per accendere il fuoco e per riscaldare le stanze.
Non so come andasse, ma il fatto gli è che un bel giorno questo pezzo di legno capitò nella bottega di un vecchio falegname, il quale aveva nome mastr’Antonio, se non che tutti lo chiamavano maestro Ciliegia, per via della punta del suo naso, che era sempre lustra e paonazza, come una ciliegia matura.

Appena maestro Ciliegia ebbe visto quel pezzo di legno, si rallegrò tutto; e dandosi una fregatina di mani per la contentezza, borbottò a mezza voce:
— Questo legno è capitato a tempo; voglio servirmene per fare una gamba di tavolino. —

Detto fatto, prese subito l’ascia arrotata per cominciare a levargli la scorza e a digrossarlo; ma quando fu lì per lasciare andare la prima asciata, rimase col braccio sospeso in aria, perchè sentì una vocina sottile sottile, che disse raccomandandosi:
— Non mi picchiar tanto forte! —

Figuratevi come rimase quel buon vecchio di maestro Ciliegia!

Girò gli occhi smarriti intorno alla stanza per vedere di dove mai poteva essere uscita quella vocina, e non vide nessuno! Guardò sotto il banco, e nessuno; guardò dentro un armadio che stava sempre chiuso, e nessuno; guardò nel corbello dei trucioli e della segatura, e nessuno; aprì l’uscio di bottega per dare un’occhiata anche sulla strada, e nessuno. O dunque?...
— Ho capito; — disse allora ridendo e grattandosi la parrucca — si vede che quella vocina me la son figurata io. Rimettiamoci a lavorare. —

E ripresa l’ascia in mano, tirò giù un solennissimo colpo sul pezzo di legno.
— Ohi! tu m’hai fatto male! — gridò rammaricandosi la solita vocina.

Questa volta maestro Ciliegia restò di stucco, cogli occhi fuori del capo per la paura, colla bocca spalancata e colla lingua giù ciondoloni fino al mento, come un mascherone da fontana.

Appena riebbe l’uso della parola, cominciò a dire tremando e balbettando dallo spavento:
— Ma di dove sarà uscita questa vocina che ha detto ohi?... Eppure qui non c’è anima viva. Che sia per caso questo pezzo di legno che abbia imparato a piangere e a lamentarsi come un bambino? Io non lo posso credere. Questo legno eccolo qui; è un pezzo di legno da caminetto, come tutti gli altri, e a buttarlo sul fuoco, c’è da far bollire una pentola di fagioli.... O dunque? Che ci sia nascosto dentro qualcuno? Se c’è nascosto qualcuno, tanto peggio per lui. Ora l’accomodo io! —

E così dicendo, agguantò con tutte e due le mani quel povero pezzo di legno, e si pose a sbatacchiarlo senza carità contro le pareti della stanza.

Poi si messe in ascolto, per sentire se c’era qualche vocina che si lamentasse. Aspettò due minuti, e nulla; cinque minuti, e nulla; dieci minuti, e nulla!
— Ho capito — disse allora sforzandosi di ridere e arruffandosi la parrucca — si vede che quella vocina che ha detto ohi, me la son figurata io! Rimettiamoci a lavorare. —
E perchè gli era entrata addosso una gran paura, si provò a canterellare per farsi un po’ di coraggio.

Intanto, posata da una parte l’ascia, prese in mano la pialla, per piallare e tirare a pulimento il pezzo di legno; ma nel mentre che lo piallava in su e in giù, sentì la solita vocina che gli disse ridendo:
— Smetti! tu mi fai il pizzicorino sul corpo! —

Questa volta il povero maestro Ciliegia cadde giù come fulminato. Quando riaprì gli occhi, si trovò seduto per terra.
Il suo viso pareva trasfigurito, e perfino la punta del naso, di paonazza come era quasi sempre, gli era diventata turchina dalla gran paura.

*

La traduction au plus proche

LES AVENTURES DE PINOCCHIO
ou L'HISTOIRE D'UN PANTIN.


I.
Comment il arriva que Maître Cerise, charpentier, trouva un morceau de bois, pleurant et riant comme un enfant.


— Il était une fois....
— Un roi ! — mes petits lecteurs diront immédiatement .
— Non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois un morceau de bois.

Ce n'était pas un morceau de bois de luxe, mais un simple morceau provenant d'un tas de bois, le genre que l'on met dans les poêles et les cheminées en hiver pour allumer des feux et chauffer des pièces.

Je ne sais pas comment ça s'est passé, mais le fait est qu'un beau jour, ce morceau de bois s'est trouvé dans l'atelier d'un vieux menuisier, qui s'appelait Maître Antonio, mais que tout le monde appelait Maître Cerise, à cause du bout de son nez, qui était toujours brillant et violet, comme une cerise mûre.

Dès que Maître Cerise eut vu ce morceau de bois, il fut ravi ; et se frottant les mains avec satisfaction, il murmura à mi-voix :
— Ce bois est arrivé à temps ; je veux l'utiliser pour faire un pied de table. —

Ayant dit cela, il prit immédiatement la hache arrondie pour commencer à enlever la peau et à la rendre rugueuse ; mais lorsqu'il fut sur le point de lâcher la première hache, il resta le bras suspendu en l'air, car il entendit une petite voix fine, qui disait, en se recommandant :
— Ne me frappe pas si fort ! —

Imaginez ce que ce bon vieux monsieur, Maître Cerise, a ressenti !
Il a tourné ses yeux ahuris autour de la pièce pour voir d'où pouvait venir cette petite voix, et n'a vu personne ! Il a regardé sous le comptoir, et personne ; il a regardé à l'intérieur d'une armoire toujours fermée, et personne ; il a regardé dans l'armoire à copeaux et à sciure, et personne ; il a ouvert la porte de l'atelier pour regarder aussi dans la rue, et personne. Ou alors ?
— Je comprends ; dit-il alors en riant et en se grattant la perruque, j'ai dû imaginer cette petite voix. Remettons-nous au travail. -

Et prenant la hache dans sa main, il abattit un coup solennel sur le morceau de bois.
— Aïe, tu me fais mal ! - la petite voix habituelle a crié son regret.

Cette fois, Maître Cerise était stupéfait, les yeux exorbités par la peur, la bouche grande ouverte et la langue pendante jusqu'au menton comme un masque de fontaine.

Dès qu'il a retrouvé l'usage de la parole, il a commencé à dire, tremblant et bégayant de peur :
— Mais d'où venait cette petite voix qui disait ohi ? Et pourtant, il n'y a pas une âme ici. Se pourrait-il que ce morceau de bois ait appris à pleurer et à gémir comme un enfant ? Je ne peux pas le croire. Ce bois, le voici ; c'est un morceau de bois de cheminée, comme tous les autres, et si vous le jetez sur le feu, vous devrez faire bouillir une marmite de haricots..... Ou est-ce le cas ? Qu'il y a quelqu'un qui s'y cache ? Si quelqu'un se cache là-dedans, tant pis pour lui. Je vais l'emmener ! —
Ce disant, il saisit à deux mains le pauvre morceau de bois et entreprend de le frapper sans ménagement contre les murs de la pièce.

Puis il a écouté, pour entendre s'il y avait une petite voix qui se plaignait. Il a attendu deux minutes, et rien ; cinq minutes, et rien ; dix minutes, et rien !
— Je comprends, dit-il alors en essayant de rire et en ébouriffant sa perruque, cette petite voix qui a dit aïe, j'ai dû l'imaginer ! Remettons-nous au travail. -
Et comme une grande peur s'était emparée de lui, il a essayé de chanter pour se donner du courage.

Pendant ce temps, ayant posé la hache d'un côté, il prit le rabot en main, pour raboter et nettoyer la pièce de bois ; mais comme il la rabotait de haut en bas, il entendit la petite voix habituelle lui dire en riant :
— Arrêtez ! Vous me châtouillez le corps !

Cette fois, le pauvre Maître Cerise tomba comme s'il avait été foudroyé. Quand il rouvrit les yeux, il se retrouva assis sur le sol.
Son visage semblait transfiguré, et même le bout de son nez, aussi rouge qu'il l'était presque toujours, était devenu turquoise à cause de la grande peur.

*

La traduction française de Danielle Revol Cunzi pour la fondation Collodi,

lisible et téléchargeable légalement ici en intégralité au format .pdf :

CHAPITRE I
Comment il arriva que Maître Cerise, le menuisier, trouva un morceau de bois qui pleurait et riait comme un enfant.


Il était une fois...
— Un roi !... vont s'écrier tout de suite mes petits lecteurs.
Non, mes enfants, vous vous trompez. Il y avait une fois un morceau de bois.

Ce n'était pas du bois de luxe, mais une simple bûche, de celles que l'on met l'hiver dans le poêle ou dans la cheminée, pour faire du feu et réchauffer la maison.
Je ne sais pas comment le fait arriva, mais toujours est-il que ce morceau de bois se trouva, un beau jour, dans la boutique d’un vieux menuisier qui se nommait Maître Antoine et que tout le monde appelait maître Cerise à cause de la pointe de son nez, qui était luisante et rouge comme une cerise mûre.

A la vue de ce morceau de bois, maitre Cerise devint tout joyeux. De satisfaction il se frotta les mains et, à mi-voix, il murmura :
— Ce morceau de bois arrive juste à temps. Je vais en faire un pied de table. —

Aussitôt dit, aussitôt fait. Il prit immédiatement sa hache la mieux aiguisée et se mit à décortiquer le morceau de bois et à le tailler. Mais au moment même où il allait donner son premier coup de hache, il resta le bras en l’air ; ne venait-il pas d’entendre une toute petite voix qui suppliait :
— Ne me frappe pas si fort ! —

Imaginez alors la stupeur de ce brave vieux maître Cerise.
Il promena son regard égaré tout autour de la pièce pour savoir d’où pouvait bien venir cette petite voix. Il ne vit rien. Il regarda sous le banc : personne !
Il regarda dans l'armoire, qui était toujours fermée : personne !
Il regarda dans la caisse aux copeaux et sciure de bois et personne ;
Il ouvrit la porte de la boutique pour jeter un coup d'œil dans la rue et personne. Oh alors ?...

— J'ai compris ; — dit-il en riant et en se grattant la perruque — évidemment cette petite voix n'a parlé que dans mon imagination. Remettons-nous au travail. —
Et, reprenant sa hache, il frappa un coup magistral sur le morceau de bois.
— Aïe ! Comme tu m'as fait mal ! — gémit la voix.
Cette fois, maître Cerise resta pétrifié de peur, les yeux sortant de l'orbite, la bouche béante, la langue pendant jusqu'au menton, à la façon d'une gargouille.

Dès qu'il eut recouvré l'usage de la parole, il dit, avec un tremblement dans la voix, balbutiant d’épouvante :
— Mais d’où peut bien sortir cette voix qui a dit Aïe ?... Il n’y a pourtant ici âme qui vive ! Ce n’est pourtant pas ce morceau de bois qui pleure et crie comme un enfant ? Non, c'est impossible. Ce morceau de bois, le voici : c'est un vulgaire morceau de bois, une bûche comme toutes les bûches, une bûche à mettre dans le feu pour faire bouillir les haricots... Oh alors ?... Personne n’a pu s’y cacher ? Si quelqu’un s'y est caché, tant pis pour lui. Maintenant, je m’en occupe !
Et, disant cela, il saisit à deux mains le pauvre morceau de bois et, sans pitié, le jeta contre les murs violemment.

Puis, il se mit à l'écoute pour entendre si, par hasard, la voix n’allait pas se lamenter. Il attendit deux minutes : pas de voix ; cinq minutes, pas de voix ; dix minutes, rien !
— J’ai compris, — dit-il alors, en s’efforçant à rire et en s’ébouriffant la perruque. — Cette voix qui a dit Aïe, c'est moi qui l'ai imaginée. Remettons-nous au travail. —
Et comme, en vérité, il avait eu grand peur, il se mit à chantonner pour se donner un peu de courage.

Alors, il mit de côté sa hache et prit son rabot pour polir le morceau de bois. Mais pendant qu'il rabotait, la petite voix lui dit, en riant cette fois :
— Arrête ! Tu me chatouilles partout ! —

Cette fois, le pauvre maître Cerise tomba, comme foudroyé. Quand il reprit ses esprits, il se trouva assis par terre.
Il paraissait transfiguré et la peur l’avait changé jusqu'à la pointe de son nez, de rouge, elle était devenue bleue.

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Disney Pinocchio le film de 2022Feu rouge cinémaRécit toxique à ne regarder qu'avec prudence et esprit critique

Disney Pinocchio 2022
Traduction du titre : L’œil en (bois de) pin (= le regard d'une bûche en bois de pin)

Ne pas confondre avec le Pinocchio de Guillermo del Toro annoncé sur Netflix pour décembre 2022.
Ce film est une "adaptation" avec de "vrais" acteurs et des personnages en image de synthèse) du film de 1940.

Toxique : l’humiliation par la fée bleue du criquet peut inviter les plus jeunes à harceler de la même manière leurs camarades ou les adultes. Le personnage de Sabina aguiche Pinocchio qui même s’il n’est pas encore un vrai petit garçon est à l’évidence un prépubère quand bien même son nez grandirait à la demande.

Diffusé à l'international à partir du 8 septembre 2022 sur DISNEY MOINS INT/FR.

De Robert Zemeckis (également scénariste) sur un scénario de Chris Weitz d'après le dessin animé de 1940 de Ben Sharpsteen et Hamilton Luske, adapté du roman de 1883 Carlo Collodi ; avec Benjamin Evan Ainsworth, Tom Hanks, Joseph Gordon-Levitt, Keegan-Michael Key, Cynthia Erivo, Giuseppe Battiston, Luke Evans.

Pour adultes

(presse, fable fantastique, faux Disney, woke toxique) Eh bien, comment va ? Criquet c’est mon nom, Jiminy Criquet pour être précis. Et je suis ici pour vous dire une histoire incroyable. C’est une histoire qui commence il y a bien longtemps. En fait, une histoire qui commence une fois à une époque, il y a bien longtemps. C’est ça, beaucoup mieux, beaucoup plus précis. »

A l’aide de son parapluie, Jiminy Criquet se laisse descendre entre les toits des maisons dans la nuit pour arriver en vue du même Jiminy Criquet, cette fois vêtus de haillons, qui chemine en direction d’une maison brillamment illuminée, comme si les restrictions d’énergie n’avaient jamais existé au 19ème siècle. Il s’exclame : « Jamais compris cette expression : comment est ce que quelque chose peut arriver ‘une fois à une époque’ ?

Alors le premier Jiminy Criquet interpelle le second en voix off : « Hé, qui raconte cette histoire, moi ou toi ? » Le second Criquet réplique « Eh bien, qui êtes-vous — Je suis toi, seulement plus vieux et plus sage — Vraiment ? Et comment le sais-tu ? — Parce que je suis le narrateur, qui raconte cette histoire post facto (sic).

Le premier Jiminy Criquet continue à balblatérer, ce qui n’est pas le genre de conversation que l’on attend de la part d’un criquet, vous en conviendrez, mais licence woke oblige : « Je sais exactement ce qui va t’arriver dans cette aventure… »
Le second criquet rétorque : « Vraiment ? Alors laisse-moi te demander ceci : est-ce que j’aurai jamais chaud à nouveau un jour ? »

Le premier criquet narrateur répond au second criquet du flash-back (ils se ressemblent tous de toute manière) qu’il n’a qu’à continuer de marcher, il le découvrira.

Le second criquet rétorque : « Quel conteur tu fais… — Je continue alors ? — Vas-y, narre de tout ton cœur. — Merci : une fois à une époque, il y a bien longtemps, mes voyages m’avaient mené à un petit village pittoresque… » … et tout droit dans la boutique d’un certain Geppetto. Sculpteur sur bois, fabricant d'horloges, de jouets et de bibelots.

Disney Pinocchio le film de 2022

Disney Pinocchio le film de 2022

Disney Pinocchio le film de 2022

Disney Pinocchio le film de 2022

Disney Pinocchio le film de 2022

Disney Pinocchio le film de 2022

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Sonya La Rousse, la nouvelle de 1934Feu orange livre / BD

The Shadow Of The Vulture (1934)
Traduction du titre original : L’ombre du Vautour.
Titre français : Sonia La rousse.

Sorti aux USA en janvier 1934 dans The Magic Carpet Magazine.
Traduit en français par François Truchaud en juillet 1985 dans Sonya La Rousse, traduction du recueil The Sowers of the Thunder (les semeurs de tonnerre) — le titre de la nouvelle de 1932 joint au recueil avec The Lion of Tiberias de 1933 aux éditions NEO FR.
Réédité au Fleuve Noir en 1992.
Retraduit par Patrice Louinet, compilé dans Le Seigneur de Samarcande, en juillet 2009 chez BRAGELONNE FR.

"Adapté" en film en 1985 sous le titre anglais Red Sonja, et le titre français Kalidor.

De Robert E. Howard.

Pour adultes et adolescents.

(presse, Fantasy historique, aventure) À Istanbul, le sultan ottoman Soliman le Magnifique renvoie chez eux les membres d'un envoyé diplomatique du Saint Empire qu'il a gardé emprisonné pendant neuf mois. Il reconnaît cependant l'un des membres, un chevalier du nom de Gottfried Von Kalmbach, qui l'avait grièvement blessé lors de la bataille de Mohács. Le grand vizir ottoman Pargalı Ibrahim Pasha confie au soldat très redouté, Mikhal Oglu, le soin de traquer Von Kalmbach et de récupérer sa tête.

Mikhal Oglu et ses guerriers font un raid dans la campagne entre l'Empire ottoman et Vienne pour préparer l'attaque de Soliman sur la ville. Ils attaquent un petit village danubien, dans lequel Von Kalmbach s'est endormi après avoir bu la nuit précédente. Il se bat pour se libérer et se rend à Vienne, où les habitants se préparent à l'arrivée de Soliman.

L'armée ottomane au complet arrive, et le siège commence. Von Kalmbach combat les soldats turcs qui envahissent les murs. Il rencontre une femme belliqueuse aux cheveux roux qui se bat aux côtés des hommes - la "Rouge" Sonya de Rogatino, qui se révèle être la sœur de la fille du harem préférée de Soliman, Hurrem Sultan. Lorsqu'un combat contre un certain nombre de Turcs s'avère insurmontable, elle vient en aide à Von Kalmbach.

*

Sonya La Rousse, la nouvelle de 1934

Le texte original de Robert E. Howard dans The Magic Carpet Magazine de Janvier 1934, illustré par M. Brundage.

1

“Are the dogs dressed and gorged?” — "Aye, Protector of the Faithful!” — "Then let them crawl into the Presence.”

So they brought the envoys, pallid from months of imprisonment, before the canopied throne of Suleyman the Magnificent, Sultan of Turkey, and the mightiest monarch in an age of mighty monarchs. Under the great purple dome of the royal chamber gleamed the throne before which the world trembled—gold- panelled, pearl-inlaid. An emperor’s wealth in gems was sewn into the silken canopy from which depended a shimmer¬ ing string of pearls ending a frieze of emeralds which hung like a halo of glory above Suleyman’s head. Yet the splendor of the throne was paled by the glitter of the figure upon it, bedecked in jewels, the aigret feather rising above the diamonded white turban. About the throne stood his nine viziers, in attitudes of humility, and warriors of the imperial bodyguard ranged the dais—Solaks in armor, blade and white and scarlet plumes nod¬ ding above the gilded helmets.

The envoys from Austria were properly impressed—the more so as they had had nine weary months for reflection in the grim Castle of the Seven Towers that overlooks the Sea of Marmora. The head of the embassy choked down his choler and cloaked his resentment in a semblance of submission—a strange cloak on the shoulders of Habordansky, general of Ferdinand, Archduke of Austria. His rugged head bristled incongruously from the flaming silk robes presented him by the contemptuous Sultan, as he was brought before the throne, his arms gripped fast by stalwart Janizaries. Thus were foreign envoys presented to the sul¬ tans, ever since that red day by Kossova when Milosh Kabilovitch, knight of slaughtered Serbia, had slain the conquer or Murad with a hidden dagger. (…)

4

(…)Bullets glanced from the crenelles and whined off venom¬ ously into space. One flattened against Gottfried’s hauberk, bringing an outraged grunt from him. Turning toward the abandoned gun, he saw a colorful incongruous figure bending over the massive breech.

It was a woman, dressed as von Kalm- bach had not seen even the dandies of France dressed. She was tall, splendidly shaped, but lithe. From under a steel cap escaped rebellious tresses that rippled red gold in the sun over her compact shoulders. High boots of Cordovan leather came to her mid-thighs, which were cased in baggy breeches. She wore a shirt of fine Turkish mesh-mail tucked into her breeches. Her supple waist was confined by a flowing sash of green silk, into which were thrust a brace of pistols and a dagger, and from which depended a long Hungarian saber. Over all was carelessly thrown a scarlet cloak.

This surprizing figure was bending over the cannon, sighting it in a manner betokening more than a passing famil¬ iarity, at a group of Turks who were wheeling a carriage-gun just within range.

''Eh, Red Sonya!” shouted a man-at- arms, waving his pike. "Give ’em hell, my lass!”
"Trust me, dog-brother,” she retorted as she applied the glowing match to the vent. “But I wish my mark was Roxelana’s-”

A terrific detonation drowned her words and a swirl of smoke blinded every one on the turret, as the terrific recoil of the overcharged cannon knocked the firer flat on her back.

*

Traduction au plus proche

1

« Les chiens sont-ils habillés et gavés ?" — "Oui, Protecteur des Fidèles !" — "Alors laissez-les ramper jusqu'à la Présence. »

Ils amenèrent donc les envoyés, blêmes après des mois d'emprisonnement, devant le trône à baldaquin de Soliman le Magnifique, Sultan de Turquie, et le plus puissant monarque d'une époque de puissants monarques. Sous le grand dôme pourpre de la chambre royale brillait le trône devant lequel le monde tremblait — lambrissé d'or, incrusté de perles. La richesse en pierres précieuses d'un empereur était cousue dans le dais de soie d'où pendait un chatoyant collier de perles terminant une frise d'émeraudes qui pendait comme un halo de gloire au-dessus de la tête de Suleyman. Cependant, la splendeur du trône était atténuée par le scintillement du personnage qui y était assis, paré de bijoux, la plume d'aigrette s'élevant au-dessus du turban blanc diamanté. Autour du trône se tenaient ses neuf vizirs, dans des attitudes d'humilité, et les guerriers de la garde du corps impériale étaient alignés sur l'estrade - des Solaks en armure, lames et plumes blanches et écarlates nichant au-dessus des casques dorés.

Les envoyés d'Autriche furent impressionnés comme il se doit, d'autant plus qu'ils avaient eu neuf mois de réflexion épuisante dans le sinistre château des Sept Tours qui domine la mer de Marmora. Le chef de l'ambassade étouffa sa colère et dissimula son ressentiment sous un semblant de soumission — un étrange manteau sur les épaules de Habordansky, général de Ferdinand, archiduc d'Autriche. Sa tête robuste se hérissait de façon incongrue des robes de soie flamboyantes que lui présentait le sultan méprisant, alors qu'il était amené devant le trône, ses bras étant fermement saisis par de robustes janissaires. C'est ainsi que les envoyés étrangers étaient présentés aux sultans, depuis ce jour rouge de Kossova où Milosh Kabilovitch, chevalier de la Serbie massacrée, avait tué le conquérant Murad avec un poignard caché. (...)

4

(...) Les balles jaillissaient des créneaux et s'échappaient dans l'espace avec un gémissement venimeux. L'une d'elles s'écrasa contre le haubert de Gottfried, lui arrachant un grognement outré. Se tournant vers le canon abandonné, il vit une silhouette incongrue et colorée se pencher sur la culasse massive.

C'était une femme, habillée comme von Kalmbach n'avait jamais vu les dandys de France s'habiller. Elle était grande, de forme splendide, mais souple. De sous une casquette d'acier s'échappaient des tresses rebelles qui ondulaient au soleil sur ses épaules compactes. De hautes bottes en cuir de Cordoue lui arrivaient à mi-cuisses, qui étaient enveloppées dans une culotte ample. Elle portait une chemise en fine maille turque rentrée dans sa culotte. Sa taille souple était délimitée par une ceinture fluide de soie verte, dans laquelle étaient glissés une paire de pistolets et un poignard, et d'où partait un long sabre hongrois. Par-dessus le tout était jeté négligemment un manteau écarlate.

Cette surprenante figure se penchait sur le canon, le regardant d'une manière qui dénotait plus qu'une familiarité passagère, sur un groupe de Turcs qui faisaient rouler un canon de charrette juste à portée.

"Eh, Sonya la Rousse !" cria un homme d'armes en agitant sa pique. "Envoie-les en enfer, ma fille !"
"Fais-moi confiance, frère de chien", rétorqua-t-elle en frottant l'allumette rougeoyante sur la bouche d'aération. "Mais j'aimerais que ma marque soit celle de Roxelana..."

Une terrible détonation étouffa ses paroles et un tourbillon de fumée aveugla tout le monde sur la tourelle, alors que le terrible recul du canon surchargé a fait tomber la tireuse sur le dos.

*

Sonya La Rousse, la nouvelle de 1934Sonya La Rousse, la nouvelle de 1934

La traduction française de François Truchaud de 1985 pour NEO (Nouvelles éditions Oswald)

« Hé, Sonya la Rouge ! cria un homme d'armes. Envoie-les en enfer, ma fille !
— Fais-moi confiance, camarade ! rétorqua-t-elle en approchant la mèche enflam­mée de l'orifice de la culasse.

Une détonation terrifiante recouvrit ses paroles. Un tourbillon de fumée aveugla tous ceux qui se trouvaient sur la tourelle. La femme qui s'appelait Sonya la Rouge poussa un hurlement de joie sincère. Le boulet de canon avait frappé de plein fouet les artilleurs turcs. Ils gisaient sur le sol, le crâne réduit en bouillie et le corps déchiqueté.

Gottfried von Kalmbach s'approcha, lorgnant avec une admiration non dissimulée le splendide renflement des seins de la jeune femme sous la cotte de mailles souple, la courbe de ses hanches pleines et ses membres ronds. Elle se tenait à la façon d'un homme, fièrement campée, jambes écartées et pouces glissés dans sa ceinture. Pourtant, tout proclamait la femme en elle. »

*

Sonya La Rousse, la nouvelle de 1934

La traduction française de Patrice Louinet, de juillet 2009 pour BRAGELONNE FR.

... à venir.

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Ici la page du forum Philippe-Ebly.fr consacrée à cette nouvelle.

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Marionnettes humaines, maîtres du monde, le roman de 1951Feu vert livre / BD

The Puppet Masters (1951)
Traduction du titre anglais : Les marionnettistes.
Titres français : Marionnettes humaines (1954), les maîtres du monde (1995).

Paru pour la 1ère fois dans les numéros de septembre à novembre 1951 de Galaxy Science-fiction ;
Paru en grand format le 10 octobre 1951 chez DOUBLEDAY US.
Traduit en français en avril 1954 par Alain Glatigny chez Hachette Le Rayon Fantastique,
Réédité chez Denoël Présence du Futur en novembre 1972, novembre 1979, juin 1984, mai 1995
Puis chez Gallimard Folio SF en septembre 2005 réédité en mars 2011.

Adapté plutôt fidèlement en film The Puppet Masters 1994.

De Robert Heinlein.

Pour adultes et adolescents.

(presse, invasion extraterrestre) Dans un futur proche où Manhattan n’est plus qu’un cratère, Sam Cavanaugh et sa sœur Mary débarquent avec leur oncle Charlie à Des Moines, Iowa, où ils s’apprennent à jouer les touristes irresponsables et surtout curieux. Ce sont en réalité des agents de la protection du territoire chargé d’enquêter sur la rumeur d’une soucoupe volante qui aurait atterri là-bas…

*

Marionnettes humaines, maîtres du monde, le roman de 1951

Le texte original de Robert Heinlein pour le magazine Galaxy Science-Fiction de septembre 1951 et DOUBLEDAY US

The Puppet Masters

For me it started too early on July 12, 2007, with my phone shrilling. The sort of phone my section uses is not standard; the audio relay was buried surgically under the skin back of my left ear—bone conduction, and skull lifting.

“All right,” I growled. “I hear you. Shut off that damned noise.”
“Emergency,” a voice said in my ear. “Report in person to the Old Man. At once.”

“Moving,” I acknowledged and sat up with a jerk that hurt my eyeballs. I went into the bath, injected a grain of “Gyro” into my arm, then let the vibro exercise machine shake me apart while the drug put me together, or at least a good mockup of one, and got my jacket.

There is one thing no head of a country can know and that is: how good is his intelligence system? He finds out only by having it fail him. Hence our section. Security suspenders and belt, you might say. United Nations had never heard of us, nor had Central Intelligence—I think. All I really knew about us was the training I had received and the jobs the Old Man sent me on. Interesting jobs if you don’y care where you sleep, what you eat, nor how long you live. If I had had any sense, I’d have quit and taken a regular job.


The only trouble with that would be that I wouldn’t have been working for the Old Man any longer. That made the difference.

Not that he was a soft boss. He was capable of saying, « Boys, we need to fertilize this tree. Jump in that hole at its base and I’ll cover you up.”


We’d have done it. Any of us would. And the Old Man would bury us alive, too, if he thought there was a 53% probability that it was the Tree of Liberty he was nourishing.

He got up and limped toward me as I came into our section offices through a washroom booth in MacArthur Station. His face split in a wicked smile. His big hairless skull and his strong Roman nose made hum look like a cross between Satan and Punch’s Judy. “Welcome, Sam,” he said. “Sorry to get you out of bed.”


The deuce he was sorry ! « I was on leave, » I answered shortly.
“Ah, but you still are. We’re going on a vacation.”
“So my name is ‘Sam’,” I answered deliberately ignoring his “vacation” crack. “What’s my last name?”
“Cavanaugh. And I’m your Uncle Charlie—Charles M. Cavanaugh, retired. Meet your sister Mary.”

I had been aware that there was another person in the room, but when the Old Man is present, he gets full attention as long as he wants it. Now I looked over my “sister” and then looked her over again. It was worth it.

I could see why he had set us up as brother and sister if we were to do a job together; it would give him a trouble-free pattern. An indoctrinated agent can’t break his assumed character any more than a professional actor can intentionally muff his lines. So this one I must treat as my sister—a dirty trick if I ever met one…

*

La traduction au plus proche

Les marionnettistes

Pour moi, cela a commencé trop tôt, le 12 juillet 2007, avec la stridulation de mon téléphone. Le type de téléphone utilisé par ma section n'est pas standard ; le relais audio a été enfoui chirurgicalement sous la peau à l'arrière de mon oreille gauche — conduction osseuse, et soulèvement du crâne.

« Très bien, je grognai. Je vous entends. Arrêtez ce foutu bruit. »
« Urgence", dit une voix dans mon oreille. Présentez-vous en personne au Vieux. Tout de suite. »
« En mouvement, je confirmai, et je me redressai d'un coup sec qui me fit mal aux globes oculaires. J’allai dans la salle de bain, j’injectai un grain de Gyro dans mon bras, puis je laissai l'appareil d'exercice vibrant me secouer pendant que le médicament me reconstituait, ou du moins un bon semblant, et je pris ma veste.

Il y a une chose qu'aucun dirigeant d’un pays ne peut savoir, c'est la qualité de son système de renseignement. Il ne le découvre qu'en le voyant échouer. D'où notre section. Les bretelles et la ceinture de sécurité, pourrait-on dire. Les Nations Unies n'avaient jamais entendu parler de nous, ni la CIA, je crois. Tout ce que je savais vraiment de nous, c'était la formation que j'avais reçue et les missions que le Vieux m'avait confiées. Des missions intéressantes si vous ne vous souciez pas de l'endroit où vous dormez, de ce que vous mangez, ni de la durée de votre vie. Si j'avais eu un peu de bon sens, j'aurais démissionné et pris un travail normal.


Le seul problème, c'est que je n'aurais plus travaillé pour le Vieux. C'est ce qui fait la différence.

Ce n'est pas qu'il était un patron mou. Il était capable de dire : « Les gars, il faut fertiliser cet arbre. Sautez dans ce trou à sa base et je vous couvrirai. »


On l'aurait fait. N'importe lequel d'entre nous l'aurait fait. Et le vieil homme nous aurait enterrés vivants, aussi, s'il pensait qu'il y avait une probabilité de 53% que ce soit l'Arbre de la Liberté qu'il nourrissait.

Il se leva et boita vers moi alors que j'entrais dans les bureaux de notre section par une cabine de toilettes de la station MacArthur. Son visage se fendit d'un sourire malicieux. Son gros crâne glabre et son nez romain lui donnaient l'air d'un croisement entre Satan et Guignol. « Bienvenue, Sam, dit-il. Désolé de te sortir du lit. »

Bon sang, il était désolé ! « J'étais en congé, ai-je répondu brièvement.
— Ah, mais vous l'êtes toujours. Nous partons en vacances.
— Alors je m'appelle 'Sam', ai-je répondu en ignorant délibérément sa plaisanterie sur les ‘vacances’. Quel est mon nom de famille ?
— Cavanaugh. Et je suis ton oncle Charlie-Charles M. Cavanaugh, retraité. Je te présente ta soeur Mary. »

J'avais été conscient qu'il y avait une autre personne dans la pièce, mais quand le Vieux est présent, il obtient toute l'attention tant qu'il le veut. J'ai donc regardé ma ‘sœur’, puis je l'ai regardée à nouveau. Cela en valait la peine.

Je pouvais voir pourquoi il nous avait établis comme frère et sœur si nous devions faire un travail ensemble ; cela lui donnerait un tableau sans problème. Un agent endoctriné ne peut pas briser son personnage supposé, pas plus qu'un acteur professionnel ne peut intentionnellement bâcler son texte. Je dois donc traiter celui-ci comme ma sœur — un sale tour dans le genre, et je m’y connaissais...

*

Marionnettes humaines, maîtres du monde, le roman de 1951Marionnettes humaines, maîtres du monde, le roman de 1951Marionnettes humaines, maîtres du monde, le roman de 1951Marionnettes humaines, maîtres du monde, le roman de 1951Marionnettes humaines, maîtres du monde, le roman de 1951

La traduction française de Alain Glatiny de 1954, pour le Rayon Fantastique Hachette, Denoël Présence du Futur 1972, 1979, 1984, 1995, Gallimard Folio SF 2005 et 2011 :

CHAPITRE I

Etaient-ils vraiment doués d’intelligence ? d’une intelligence personnelle, tout au moins ? Je n’en sais rien. Je ne sais pas non plus si nous pourrons jamais arriver à le déterminer.

Ce que je puis dire c’est que, s’ils ne l’étaient pas, j’espère ne jamais voir le jour où nous devrons entrer en lutte contre des êtres similaires qui, eux, le seraient ! Je connais d’avance les perdants : moi, vous, bref, ceux que l’on appelle les humains.

En ce qui me concerne, l’aventure a commencé (trop tôt à mon gré !) le matin du 12 juillet 2007. Mon téléphone s’était mis à vibrer à m’en arracher la peau du crâne. Il faut dire que les téléphones dont on se sert à la Section ne sont pas d’un modèle standard : l’audiorelais est inséré chirurgicalement sous la peau derrière l’oreille gauche, les os jouant le rôle de conducteurs. Je me tâtai machinement avant de me rappeler que j’avais laissé ce que je cherchais dans mon veston, à l’autre bout de la pièce.

« Ça va, grommelai-je, j’ai entendu. Pas la peine de faire un tel boucan.
— Appel urgent, dit une voix dans mon oreille. Venez immédiatement au rapport ! »
Je lui dis sans ambages ce que je lui conseillais de faire de son appel urgent.
« Le Patron attend », insista la voix.

Cela changeait l’aspect de la question. « On y va », dis-je en me rasseyant avec une secousse qui me fit affreusement mal derrière les yeux. Je passai dans ma salle de bains, m’injectai un centigramme de « gyro », et confiai au vibro-masseur le soin de me disloquer les membres pendant que la drogue me les remettait en place. Quand je sortis de là, j’étais un homme nouveau, ou du moins quelque chose qui y ressemblait vaguement. J’enfilai mon veston, et sortis de chez moi.

Je pénétrai dans les bureaux de la Section par un lavabo de la gare Mac Arthur. Notre adresse ne figure pas dans l’annuaire du téléphone. A vrai dire nous n’avons pas d’adresse. Tout ce qui nous concerne est une espèce d’illusion d’optique. On peut aussi arriver chez nous par une petite boutique dont l’enseigne porte l’inscription « Timbres et monnaies anciennes ». N’essayez pas non plus de passer par là. Tout ce que vous y gagneriez serait de vous faire vendre un Bonne-Espérance triangulaire.

A vrai dire, il vaut mieux ne pas essayer du tout. Je vous répète que nous n’existons pas.

Il y a une chose qu’aucun chef d’Etat ne peut savoir : c’est la valeur de son service de renseignements. Il ne l’apprend que par les échecs de ce dernier. C’est justement la raison d’être de notre Section. Nous tenons lieu de cadre et de soutien aux autres sections du Service secret. Les Nations Unies n’ont jamais entendu parler de nous ; le Service central de renseignements non plus — du moins, je le crois. Tout ce que je connais moi-même de nos activités, c’est l’entrainement que j’ai reçu et les missions que me confie le Patron. Ce sont des missions intéressantes d’ailleurs, à condition de ne pas se soucier de l’endroit où l’on mange et où l’on dort, ni de ce que l’on mange, ni de l’âge auquel on mourra. Si j’avais deux sous de bon sens, j’aurais depuis longtemps démissionné et cherché du travail ailleurs.

Seulement dans ce cas, je n’aurais plus travaillé sous les ordres du Patron, et ça, c’est quelque chose qui compte !

Oh ! n’allez pas vous imaginer que le Patron soit un chef coulant ! Il serait capable de vous dire à l’improviste ! « Mes enfants, voilà un chêne qui manque d’engrais. Vous voyez ce trou qui est au pied ? Sautez dedans et je le reboucherai ! »
Nous l’aurions fait. Chacun de nous l’aurait fait sans hésiter.

Le Patron aussi, du reste, s’il avait pensé qu’il y eût seulement cinquante-trois chances sur cent pour que l’opération sauvât le pays d’une catastrophe. Il se leva en me voyant entrer, et s’avança vers moi en boitillant. Un sourire malicieux lui retroussait les lèvres.

Avec son grand crâne chauve et son nez busqué, il avait l’air moitié démon, moitié polichinelle.
« Bonjour, Sam, me dit-il. Je regrette bien de t'avoir tiré du lit. »
Vous pensez comme je l’ai cru !

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Ici la page du forum Philippe-Ebly.fr consacrée à ce roman.

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